Plage de la ville: embarquement de peaux de boeufs sur des boutres à marée basse, décembre 1897. Photo: Henri Pobéguin.

 

En 1897, la Société de Humblot exporte directement vers la France pour 157.000 francs de vanille, girofle, café et cacao - les premières récoltes - . Les Comoriens de leur côté déclarent 46.000 francs de marchandises exportées vers Zanzibar et Bombay : cordes de fibres de coco, peaux de boeufs et de cabris, animaux sur pied, sagou, manioc, poivre indigène, noix d’arec, miel, ailerons de requin, écailles de tortues, lits et plats en bois . Le nombre d’animaux exportés (80 bœufs et 1.100 cabris) ainsi que celui des peaux (1.220 peaux de bœufs et 13.500 de cabris) donne une idée de la proportion des deux cheptels. Il entre pour 200.000 francs de riz, graines, farine, pétrole, étoffe, quincaillerie diverse.

Les cordes sont fabriquées en immergeant pendant plusieurs mois dans l’eau de mer les fibres de la noix de coco, ce qui les assouplit et les rend imputrescibles; puis elles sont tressées par les femmes, qui les vendent au marché. La Société Anonyme de la Grande Comore les achète et les fait tresser par ses ouvriers en gros cordages. En 1947, elle exporte encore 35 tonnes de ces câbles de marine, et 200 tonnes de savon, fabriqué avec le coprah.

A la fin du XIXè siècle, la richesse s’acquiert par le commerce maritime. La main d’œuvre d’esclaves et d’engagés est très demandée par les plantations de Mayotte et d’Anjouan d’abord, puis par Humblot. En 1898, sa Société, la seule de l’île, emploie 1.179 « indigènes » d’origine diverse. Les boutres des marchands d’esclaves se cachent des contrôles anglais dans une anse située au nord de l’île, invisible du large. L’esclavage n’est officiellement aboli qu’en 1904, sans impact immédiat sur les pratiques de domination des colons ou de la société locale.

Les échanges commerciaux se font entre Madagascar, Zanzibar et l’Inde, selon les saisons (vents et courants), par les dhows, grands boutres pontés appartenant surtout à des Omanais et à des Indiens, et les petits boutres non pontés des Comoriens. Ceux-ci assurent encore de nos jours le déchargement des navires ancrés, et les liaisons avec l’île voisine de Mohéli.

De Zanzibar viennent aussi trois ou quatre fois par an de petits vapeurs (le Kiloa et le Barawa). En janvier 1898, la ligne des Messageries Maritimes qui relie la France à Madagascar et la Réunion s’arrête aux Comores pour le courrier.

Pobéguin donne des informations sur les migrations des Comoriens à son époque. En 1897, 335 voyageurs ont été recensés au départ et 280 au retour, ce qui laisse le faible solde négatif de 55 personnes. Mais son recensement pour l’impôt révèle un important déséquilibre du ratio hommes-femmes (10.120 hommes et 13.714 femmes imposables) qui peut s’expliquer par des départs, et il a lui-même enregistré 1.580 « absents, à l’étranger ou en voyage ». Aujourd’hui, le quart de la population de l’île a émigré, et les transferts d’argent font vivre ceux qui sont restés au pays.