Marché de Volovolo à Moroni.
Photo: Sophie Blanchy, 1988.

 

Les maisons de pierre ouvrant sur la place publique appartiennent aux matrilignages dominants des grands propriétaires terriens. Les pêcheurs sont confinés dans leur métier et dans leur quartier. Les dépendants, libres ou esclaves, servent dans les maisons, ou vivent à la périphérie. Les maîtresses sont rarement vues à l’extérieur mais cadettes, servantes et esclaves sortent pour les tâches domestiques, dont la principale consiste à puiser l’eau. En 1898 se tient un petit marché, où se montrent de nombreuses esclaves à la tête rasée, non voilées. Les échanges se limitent au troc des produits de l’agriculture et de la pêche.

Les espaces publics masculins, plus diversifiés, sont les mosquées, les places bordées de bancs où se tiennent les assemblées des Accomplis, qui ont fait le Grand Mariage, et le kiosque paya la mdji réservé aux classes d’âge des non-mariés, dont Pobéguin a bien noté le nom : wanamdji (sing. mnamdji), Fils de la Cité, par opposition aux Pères, les Accomplis.

Deux danses photographiées le 14 juillet 1898 (un jeudi) ont peut-être été sponsorisées par Pobéguin, bien qu’elles fassent partie des festivités de Grand mariage. Les élèves d’une école coranique, coiffés d’une kofia, jouent du tari, tambour de basque de style arabe, en chantant des poèmes religieux. Cette scène se passe généralement le matin où le marié fait son entrée officielle dans la maison de sa femme (actuellement le dimanche). Vêtus de robes blanches, et de quelques manteaux, des Accomplis membres d’une confrérie soufie, qui sortent de la prière du matin comme le montre leur chapelet autour du cou, dansent un tari la ndzia ou un djaliko, levant leur cannes en un élégant mouvement d’ensemble. Les esclaves, hommes et femmes, qui leur font face, sont envoyés par la famille de la mariée pour les éventer et leur présenter du tabac à chiquer. Exceptés quelques enfants de l’élite, les jeunes non-mariés ne portent par la longue robe musulmane (kandu) mais une tenue spécifique selon leur échelon d’âge: simple pagne (shikoyi) autour des reins ; ou deux pagnes blancs, l’un (shuka) sur les épaules ; enfin, shuka couvrant la tête. Les Accomplis, mariés en Grand mariage, portent le châle mharuma sur leur épaules, et parfois un turban, en signe de leur statut.

Les femmes libres dansent à l’intérieur des maisons, les servantes dans la rue pour le plaisir du public masculin. Le « tam-tam des pileuses de riz » met en scène l’adresse et la coordination (ou les rivalités) des servantes dans leur travail quotidien. Sous l’influence des Comoriens de Madagascar et des Mahorais, cette danse, nommée wadaha, a longtemps été organisée par les associations de jeunes filles, rivalisant de séduction sur des rythmes rapides joués par un orchestre d’hommes. Jugée licencieuse, elle est aujourd’hui remplacée par un concert (twarab).