Types de commerçants de M'Roni, Arabe comorien, juillet 1898.
Photo: Henri Pobéguin.

 

Le Résident de France à la Grande Comore est Officier de l’Etat-civil, chargé de la Justice de Paix, et préside le Conseil et le Tribunal des cadis. Il est assisté d’un Chancelier de Résidence, préposé du Trésor, chargé de la Navigation, et d’un Commis de Résidence, chargé du Service des Postes et de l’Ecole française indigène, tous européens. En 1898, le Service des Douanes est confié à Sidi Abderemane, et le Service du Port à Bakari Moinze. Un interprète et dix gardes de police sont attachés à la Résidence. Huit cadis « gouvernent » les douze provinces, et sont juges de paix et officiers d’état civil pour les indigènes. Aidés par des gardes de police indigènes, ils surveillent le recueil de l’impôt de capitation, organisé par les chefs de village (une révolte éclate en 1915 dans le nord de l’île). Le « Maire indigène » de M’roni, Chariffou ben Abdallah, participe, à l’extrême gauche de la photo, à la réunion des cadis, et pose à nouveau avec deux d’entre eux : Mohammed ben Cheikh Fazili, cadi de Mitsamihuli et Mohammed Ben Ali,  cadi de Mbadjini. Ces hommes sont des Accomplis, investis dans le politique, puissants dans les assemblées locales, qui vivent de leurs terres et de leur influence. Ils en portent les signes vestimentaires, empruntés à la cour du sultan omanais de Zanzibar au XIXè siècle : manteau brodé djoho, poignard d’apparat, turban, épée. Nouvelles marques d’honneur, les décorations font leur apparition.

Les hommes forts de cette époque viennent des grands lignages de rois, de vizirs, de lettrés, ou de commerçants. Citadins, ils s’allient à des coreligionnaires « arabes » venus de Zanzibar et d’autres cités swahilies, et avec des hadramis du Yémen, de préférence sharif (descendants du Prophète en ligne masculine). Ces partenaires commerciaux épousent leurs sœurs et leurs filles et continuent leur va-et-vient par boutre. Certains, après quelques années, disparaissent ; d’autres s’installent et ne repartent plus.

Awadhwi, un hadrami de Shihr installé à Zanzibar, commerce avec la Grande Comore en compagnie de ses fils Abudu et Abdallah. Ceux-ci se marient à Moroni. Abdallah épouse aussi à Shindrini, port très actif du sud de l’île, dans une maison où sont également entrés par mariage d’autres hadrami, et des rois comoriens du Bambao et du Mbadjini. Forte de ses alliances, cette famille possède six boutres. Les frères Awadhwi exportent de la vanille, des coquillages à nacre, des pignons d’Inde (huile) et du curcuma, et importent du riz de Madagascar. Les Awadhwi sont arabes mais non sharif, et doivent leur position sociale à leur fortune.

Les élèves de l’école française, promotion 1898, n’ont pu être identifiés. Nul doute que, issus des meilleures familles, ils sont devenus, malgré leurs âges divers, les premiers fonctionnaires locaux de l’administration coloniale : une nouvelle élite.