Mosquée du vendredi de Moroni. Photo: S.Blanchy, 1988

 

Charles Henri Pobéguin (1856-1951) fut en poste à Moroni, comme administrateur de la Grande Comore, de novembre 1897 à avril 1899. En moins de deux ans, il a réalisé 171 clichés sur plaques de verre et a laissé des notes d’un grand intérêt sur l’histoire, l’ethnographie, les sciences naturelles, la langue et la démographie de l’île, ainsi que des textes originaux qu’il fit écrire par des lettrés comoriens. Ces documents furent déposés par sa fille à la Bibliothèque municipale de Saint Maur des Fossés. Membre du Muséum d’Histoire Naturelle, il y ramena des échantillons botanique des Comores, puis de Côte d’Ivoire et de Guinée où il fût en poste.

La Grande Comore fut placée sous protectorat français en 1886, grâce à l’alliance du naturaliste Léon Humblot avec Said Ali, dernier « sultan » de l’île, déchu et exilé en 1893. Le colon Humblot joua le rôle de représentant de la France de 1889 à 1896 : Pobéguin fut le deuxième résident nommé par Paris pour limiter ses abus et ceux de sa Société. Cultivé et ouvert, Pobéguin s’intéressa à la population autochtone, et tenta de mettre fin aux injustices les plus graves dont souffraient les engagés de la Société, ce qui le fit passer aux yeux des colons pour un résident « anarchiste ».

La société comorienne ancienne, mal connue, nous apparaît soudain de manière tangible dans la magnifique collection d’Henri Pobéguin. Soigneusement légendés et datés par l’auteur, les portraits de personnages ont permis de recueillir, auprès de leurs descendants, des souvenirs familiaux et des éléments biographiques importants. Ce fonds, croisé avec l’ethnographie contemporaine et mis en regard de clichés récents, permet d’accéder à une connaissance exceptionnelle de la société comorienne à la fin des royaumes, et, en montrant ce qui s’est maintenu, permet d’évaluer les changements.

En 1898, avec 2.144 habitants, Moroni est la plus grosse ville de l’île, dont la population est de 45.000 personnes. Les remparts, érigés à la fin du XVIIIe siècle pour se protéger des razzias malgaches, limitent encore la cité, mais ils ont été abattus en front de mer pour faciliter les activités de commerce dans la petite rade. Le dôme d’un palais récent et le belvédère de la Résidence de France dominent les habitations : un siècle après, la mosquée agrandie est l’image la plus connue de la ville de Moroni.

Sophie Blanchy

L’exposition a été conçue et réalisée dans le service photographique de la Maison René Ginouvès par Martine Esline. Photographe, (USR 3225), Nanterre.

Numérisation des négatifs sur plaques de verre et tirages numériques : Martine Esline, photographe (USR 3225), Nanterre.
Textes, légendes et photos :
© sophie Blanchy (UMR 7545) Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative , M.A.E, Nanterre .
La reproduction des photographies est interdite.