© Olivier Herrenschmidt

Traversée de la Tandava , au petit matin. A gué d'abord, sur un petit radeau ensuite. Vue de la rive droite, le quartier des Palli est perdu dans la brume.
Pentakota, 18 janvier 2006.

 

Le village de référence, Pentakota, situé sur la rive gauche de la Tandava a été choisi parce qu'il est, comme tous les villages indiens, multicaste : plus d'une douzaine. Les agriculteurs Kapu (ou Telaga) y ont le pouvoir. On y trouve également des pasteurs Golla (ovins, caprins et bovins), des castes de service (Blanchisseurs, Cakali ; Barbiers, Mangali) et les deux importantes castes d' « ex-Intouchables » (appelés officiellement Scheduled Castes ) d'Andhra Pradesh, les Malas et les Madigas. Les pêcheurs en mer constituent une grosse moitié de cette population (évaluée à 2500 personnes en 1963 ; à 3500 maintenant ?), les Vada-Balijas étant les plus nombreux, avec un petit quartier de Palli, immigrés de la région de Kakinada il y a quelques générations.

Les changements visibles dans le village concernent essentiellement l'habitat. Si les maisons « en dur » étaient extrêmement rares, même chez les Kapu, dans les années soixante, elles se multiplient dans tous les quartiers, grâce à des programmes successifs de prêts gouvernementaux. Chaque caste habite son quartier propre, de telle sorte que la densité de certains d'entre eux (en particulier des pêcheurs) s'est excessivement accrue avec ces constructions récentes et que l'hygiène s'y est considérablement dégradée si c'était possible. Toujours pas de latrines publiques, la rivière sert aux hommes, les femmes se débrouillent comme elles peuvent. La condition est pire encore à Puri, où le campement est devenu un véritable bidonville. Mais il y a là un problème général non résolu des villes et villages indiens.

L'électricité est enfin arrivée à la fin des années quatre vingt. Il y a quelques télévisions et réfrigérateurs chez les pêcheurs. Les hommes s'habillent mieux (chemises et pantalons ou shorts). Presque tout le monde mange mieux, si ce n'est toujours à sa fin pour quelques uns encore. Les enfants sont scolarisés enfants ou petits-enfants d'analphabètes.

Pour le reste, l'atmosphère du village est restée étonnamment la même. Les distances sociales entre les castes se maintiennent, mais assouplies ; manifestement, il y a eu dans les années 90 une résistance au pouvoir abusif de certains Kapus qui a remis les choses en ordre. Le pouvoir dans le village est maintenant davantage disputé entre dominants Kapus, avec l'introduction de la politique des partis et un poids en conséquence un peu plus grand de l'électorat des basses castes. Mais il n'en résulte pas de tensions brutales.