© Olivier Herrenschmidt

Un padava de profil.
Pentakota, 17 janvier 1979.

 

Les castes de pêcheurs en mer ont, depuis le début du XXème siècle (pour les documents que l'on possède) et jusqu'au au milieu des années 60, conservé les mêmes techniques : un gros bateau cousu (le padava ) pour la pêche à la seine de rivage et le teppa en bois ( karrateppa  ; c'est le catamaran tamoul, qui signifie « troncs liés ») pour la pêche en mer. Leur niveau de vie était très bas, sans doute parmi les castes les plus pauvres de l'Andhra.

A partir des années 60, les changements vont se succéder, non toujours pour le meilleur. L'introduction des filets de nylon, concomitante d'une forte demande à l'exportation pour les prawns (grosses crevettes, gambas) conduit à un agrandissement des teppa , assurant des prises plus importantes et des revenus meilleurs. En outre, le marché de Calcutta, accessible à partir de Puri, offre un important débouché pour le poisson frais. Plusieurs peuvent acheter de la terre, s'assurant ainsi une autosuffisance en riz. La pêche à la seine de rivage disparaît pratiquement.

Mais le bois nécessaire se raréfie. Au début des années 80, un énorme programme international, le Bay of Bengal Programme persuade les Vadas d'acheter des teppas moulés dans un matériau nouveau, le Fiber Reinforced Plastic , avec moteur hors bord. L'investissement est lourd, mais les rapports bien meilleurs pendant une dizaine d'années, pour ceux du moins qui ont su conserver leurs FRPteppas et devenir de petits entrepreneurs, en face de ceux qui, ayant vendu leur terre pour acheter cet équipement, l'ont perdu (fragilité, usure, chavirage) et se retrouvent plus pauvres qu'avant. A partir des années 90, la pêche artisanale est sérieusement en crise : raréfaction du poisson, concurrence des chalutiers et de la crevetticulture, effondrement du marché, prix élevé du gasoil.

En 1995, des Vadas trouvent une solution à leurs difficultés et inventent un bateau peu coûteux, immédiatement construit dans tous les villages de la côte : le katlateppa , surnommé «  sandwich teppa  » : des planches d'un bois bon marché et cousues (comme le padava ), avec des blocs de polyester comme flotteurs (car ces teppas doivent rester longtemps en mer, ce qui n'est pas le cas du padava ), et un pont (comme le FRPteppa ). On navigue à nouveau comme avec les vieux teppa de bois et sans moteur hors bord. En 2005, une ONG s'empare de l'idée et construit, en planches de contreplaqué marin agrafées, des katlateppas pour les vendre aux pêcheurs. Les FRPteppas , peu nombreux en Andhra, servent à opérer une seine de rivage en nylon, l' alivi , bien plus grande que l'ancienne en coton, que les Palli des environs de Kakinada utilisent depuis longtemps.