© Olivier Herrenschmidt

A l'embouchure de la Tandava , Bain rituel à la Nouvelle Lune de Magha, premier d'une série de trois. Les Brahmanes officient, ils attendent le chaland. Les morts sont concernés par ce rituel. Les dévots viennent des environs. Ils jettent des bananes à la mer, en offrandes aux défunts, que les enfants récupèrent.
Pentakota, 1 er février 1965.

 

Les Vada ont longtemps eu leurs propres rituels de mariage et n'ont eu de rapports avec la religion des Brahmanes que relativement lointains. Leurs pèlerinages au temple fameux de Tirupati au Sud de l'Andhra se sont multipliés avec leur enrichissement relatif et ils ont découvert, avec leur migration, le grand dieu de Puri, Jagannadham. Ils l'ont ramené chez eux,dans les années soixante, avec sa déesse parente, qu'ils appellent Varsitamma. Leur mythologie, de transmission purement orale, est très riche (plus que celle de beaucoup de basses castes ; les castes très brahmanisées n'en ont pas) et, si leurs dieux sont végétariens, leurs déesses, à de rares exceptions près, demandent des sacrifices animaux. L'une de leurs formes à ce jour jamais décrite depuis un missionnaire anglais des années vingt consiste en l'empalement d'un porcelet au cours de leur fête majeure, l' Ammorupanduga , ou « Fête de la déesse » : pour certains d'entre eux, un cycle de neuf jours extrêmement élaboré encore. Son observation à plusieurs reprises, entre 1964 et 2005 témoigne d'une conservation scrupuleuse de sa forme rituelle à travers les générations.

Corrélativement, l'hindouisme brahmanique gagne du terrain. Ils appellent régulièrement les Brahmanes pour leurs rituels de mariage et des fêtes très orthodoxes, avec présence obligatoire de ceux-ci comme officiants, se multiplient : en l'honneur de Rama, de Vinayaka (Ganesh).

Enfin, si le mouvement avait commencé dans les années cinquante, les conversions au Pentecôtisme vont bon train. De même que chaque quartier de caste a, dans un village, son propre temple à Rama, chaque quartier de basse caste (les Vadas, les Malas et Madigas) a maintenant son temple protestant. Mais les chrétiens restent dans la caste, les mariages (souvent encore sous forme préférentielle, entre cousins germains) entre chrétiens et hindous continuent. Il n'y a jamais aucune tension.