© Olivier Herrenschmidt

Rameurs. A bord du padava de Sangada Apparao, Palli.
Pentakota, janvier 1979

 

 La côte de l‘Etat de l'Andhra Pradesh s'étend sur 1000 kilomètres le long du Golfe du Bengale. La pêche en mer traditionnelle (ou artisanale) y est pratiquée exclusivement par quatre castes hindoues de bas statut : les Pattapukapulu, d'origine tamoule, au Sud de l'Andhra, les Palli ou Agnikulakshatriyas, du delta de la Godavari au Sud de celui de la Krishna , les Jalaris (peu nombreux, autour de Vishakhapatnam) et les Vada-Balijas, de la Godavari à la limite de l'Orissa, Etat dans le quel, depuis les années 50, les Vada font des migrations saisonnières à Puri . Plusieurs milliers d'entre eux y sont maintenant installés de manière permanente, sans que leurs liens avec leurs villages d'origine aient jamais été rompus.

Ma recherche a porté essentiellement, depuis 1963 et avec des séjours plus ou moins espacés et de durées variables, sur les Vada-Balijas et (dans une moindre mesure) les Pallis, entre Vishakhapatnam et le delta de la Godavari. Le village multi-castes de Pentakota a toujours été celui de référence.

Les changements techniques (chapitre II) qui ont concerné spécialement les Vada-Balijas à partir du milieu des années soixante ont induit d'importants changements de tous ordres. Après des effets généralement positifs pour le niveau de vie de nombre d'entre eux, au milieu des années 70 (introduction des filets de nylon), le second moment de transformations (embarcations coûteuses et moteurs hors bord) des années 80 a produit une différenciation socio-économique irréversible à l'intérieur de la caste, en même temps qu'apparaissaient quelques leaders , hommes jeunes et riches, qui modifient la position de leur caste vis-à-vis de l'extérieur, car ils sont des interlocuteurs qui comptent pour le pouvoir local traditionnel des propriétaires terriens en Andhra, ou pour la municipalité de Puri.

D'autres changements importants – en même temps qu'une permanence remarquable – concernent le domaine du religieux. (chapitre III). Leurs pratiques relevant de ce qu'il est convenu d'appeler « l'hindouisme populaire » se conservent avec fidélité. Mais les Brahmanes sont de plus en plus présents chez eux. Cette « brahmanisation » liée à l'enrichissement de certains a pour conséquence l'introduction de la pratique de la « dot », qui se généralise en Inde. Il va être maintenant – situation très nouvelle pour ces pêcheurs comme pour les basses castes en général – ruineux de marier ses filles.

Les quelques photos retenues ici ne peuvent prétendre à illustrer tous les aspects des activités des Vada-Balija. Elles sont un compromis à peu près réussi entre une exigence de qualité technique suffisante et l'intérêt documentaire qu'elles représentent. Telles que, elles veulent seulement faire sentir un peu l' atmosphère (chapitre I) qui, au-delà de changements réels et importants, continue à être celle de la vie de cette basse caste hindoue, toujours assez pauvre et qui, pour l'essentiel et à mon témoignage, reste encore fidèle à elle-même.

Olivier Herrenschmidt

L'exposition a été conçue et réalisée dans le service photographique de la Maison René Ginouvès par Martine Esline . Photographe, (USR 3225), Nanterre.

Photos, textes et légendes sont d' Olivier Herrenschmidt (UMR 7535). Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative, Maison René Ginouvès, Nanterre .
Tirages numériques: Martine Esline (USR 3225), Nanterre.

La reproduction des photographies est interdite.