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Aux confins de la Chine et de l’Asie centrale, la province Ouigoure du Xinjiang est la plus occidentale de la Chine. C’est un pays de hautes montagnes enserrant un immense désert de sable, le Taklamakan, dont l’aridité permet une conservation exceptionnelle des antiquités. Terres « barbares » à la croisée de grands empires (Chine, Inde, Perse), ses oasis furent de tous temps des lieux de contacts et de mélanges. Mais jusque dans les années 1980, son histoire d’avant la Route de la soie était pratiquement inconnue.
Tenter d’élucider les mécanismes des premiers peuplements de la région en les replaçant dans l’évolution du milieu naturel, tel était donc l’objectif de la Mission Archéologique franco-chinoise au Xinjiang (UMR7041-équipe Asie centrale, Ministère des Affaires Etrangères, Institut d’Archéologie et du Patrimoine du Xinjiang).

Depuis 1991, une équipe s’est ainsi créée autour d’un projet commun d’exploration d’une région quasi-inexplorée : la vallée de la Keriya dont les eaux se perdent aujourd’hui dans les sables. Cette rivière devait nous permettre de tester avec succès l’hypothèse de l’existence de peuplements anciens dans le désert, le long d’anciens cours fossiles bien visibles sur les images satellitaires, et de restituer une histoire en au moins quatre temps de ses deltas successifs, du milieu du 2 e millénaire à nos jours.

C’est dans le delta protohistorique que nous avons découvert en 1994 le site fortifié de Djoumboulak Koum et son oasis irriguée, première trace d’un peuplement d’agro-pasteurs sédentaires antérieur à l'époque Han (3 e s. av. J.-C.) et unique site d'habitat connu au Xinjiang pour cette époque, le milieu du I er millénaire av. J.-C.

En dépit de l’érosion, d es structures de stockage et de vastes habitations correspondant à plusieurs niveaux d'occupation extrêmement riches en vestiges organiques de toutes sortes ont été fouillées intra muros. Les habitants de la cité, une population mélangée à dominante europoïde, étaient enterrés hors les murs, dans plusieurs cimetières. Leurs sépultures sont de divers types, à couvercle ou cercueil creusé dans des troncs de peuplier évidés, ou à fosse construite en bois et paille de roseau ou branches de tamaris tressées.

Une quarantaine de sépultures a d’abord été fouillée avant la découverte, fin 2001, de 8 tombes intactes récemment dégagées par le mouvement des dunes. Elles renfermaient des corps desséchés, momifiés par la sécheresse.

Transportées à l'Institut d’Archéologie d'Urumqi, ces momies font depuis 2002 l’objet d’un programme de recherche à part entière.

Corinne Debaine-Francfort

L’exposition a été conçue et réalisée dans le service photographique de la Maison René Ginouvès par Martine Esline. Photographe, (USR 3225), Nanterre.
Textes et légendes sont de Corinne Debaine-Francfort, (UMR 7041) ArScAn, M.A.E, Nanterre .
Numérisation et tirages numériques : Martine Esline (USR 3225) .

Photographies  : © MAFCX (Mission Archéologique franco-chinoise au Xinjiang)
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