© : Paul Faur

L’invention officielle de la photographie est, en France, exactement contemporaine de l’institution d’une pratique patrimoniale. L’affinité entre le photographique et le monumental se déploie, au milieu du XIXe siècle, à travers diverses initiatives nationales, telles les campagnes photographiques de la Société héliographique de Paris. A la fin du siècle, ce considérable investissement patrimonial est relayé, dans les villes de province, par une culture bourgeoise qui le transforme en pratique sociale, souvent liée à des projets de développement économique. De prestigieuses associations comme le Touring Club de France, créé en 1890 sur le modèle anglais, prend la relève du combat pour la protection des sites et des monuments, en incluant désormais les paysages. Journaux et revues liées au tourisme diffusent des modèles de prise de vue et organisent des concours photographiques. Paul Faur compte, ainsi, au nombre des lauréats de La Dépêche du Centre et de l’Ouest. Adopter ces codes visuels pour recréer l’image des lieux que l’on habite, c’est s’affirmer soi-même comme membre d’une élite cultivée qui redéfinit la hiérarchie des objets de curiosité. Au gré de ses déplacements à Cahors, Figeac, Cordes, l’activité photographique de Paul Faur participe de cette construction du remarquable qui fait accéder au statut de monument églises, rivières, château restauré, croix de rogations, maisons communales et portes médiévales. Mais, fait plus original, il accorde une égale attention à l’architecture paysanne qu’il traite, tantôt, sur le mode pictural, tantôt sur le mode documentaire.