© : Paul Faur

Les photographes amateurs sont les introducteurs, au village et dans les gros bourgs urbains, du portrait bourgeois dont ils font découvrir les conventions à la famille et aux amis, mais aussi aux travailleurs, domestiques, paysans, dont l’image enregistre, bien souvent, le malaise face à cette capture de soi. Comme eux, Paul Faur réalise ses portraits individuels ou collectifs presque exclusivement en plein air, en jouant des diverses matières végétales et minérales qui composent les fonds : contraste de la pierre sèche et du bois, feuillages, gros galets du trottoir. S’il s’agit pour tous d’une « épreuve », on peut, plus ou moins, la tenir à distance, selon son état, son sexe, son âge. Fleurs à la main, les paysans semblent se soumettre à l’injonction photographique avec plus ou moins de perplexité. Hommes et femmes qui composent le cercle des notables s’emploient, au contraire, à affirmer leur familiarité avec les codes gestuels de la séduction et de la parade sociale. Mais tout l’art du photographe consiste, justement, à restituer le souci, chez les premiers, de faire acte de présence, à travers l’énergie qui émane de la personne, la densité des vêtements, l’acuité du regard, la tension entre pose naturelle et corps planté dans l’espace, tandis qu’il s’amuse à subvertir les efforts des seconds, en composant de savantes et complexes symétries. Il lui arrive, aussi, de compléter les groupes familiaux en faisant figurer les absents sous forme de portraits photographiques. Et, là encore à la manière des tous premiers photographes, Paul Faur questionne l’acte photographique à travers une série de remarquables autoportraits.