Photographies de Paul Faur.

Notaire, photographe amateur(1860-1912) .

Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, une masse énorme d’images sur les différents aspects des cultures locales a été produite. Nombre de ces fonds d’ateliers ou d’amateurs ont disparu ou sont inaccessibles du fait de leur appropriation par des collectionneurs privés. Aussi la découverte et la conservation de corpus importants méritent-t-elles toute notre attention. Nos pratiques photographiques ne sont pas seulement tributaires des possibilités techniques du moment. Elles participent à des constructions du visible qu’informent des choix culturels socialement différenciés. Ceux-ci ont une histoire, comme l’attestent les images produites, à la fin du XIXe siècle, par les photographes amateurs au moment même où de nombreux érudits locaux font l’inventaire des modes de vie, des usages et des savoirs destinés à recomposer, dans un contexte de modernisation, une identité de pays.

Né à Caylus d’un père percepteur, Paul Faur occupe, sa vie durant, une charge de notaire dans cette petite ville aux confins du Rouergue et du Quercy. Son activité photographique se situe entre les années 1880 et 1910. Elle a laissé environ mille plaques de verre au format 10 x12, retrouvées en 1998 à quelques kilomètres de là, sur le Causse de Limogne (Lot), par une association culturelle locale.

Dans le temps où Paul Faur interroge lieux, objets et gens pour les faire entrer dans le champ du photographiable, un artisan horloger fait fonction de photographe officiel. C’est à ce dernier que l’on demande de fixer par l’image les moments mémorables de l’existence. Il lui appartient, aussi, de promouvoir, sous forme de cartes postales inscrites dans la série du « Tarn-et-Garonne illustré », les monuments et les scènes « pittoresques » qu’affectionnent les chroniqueurs des coutumes villageoises ou urbaines. Entre l’artisan, photographe-éditeur, et le notaire amateur éclairé, des images circulent, des regards s’échangent au point que certains clichés sont indistinctement attribués à l’un ou à l’autre. Mais, tout en participant à cet inventaire et à cette recréation des lieux habités, Paul Faur, qui pratique aussi la géologie, l’archéologie, le dessin, renoue avec d’autres ambitions de la photographie : celles qui ont présidé à l’apparition de la nouvelle image.

Giordana Charuty. Laboratoire d’Ethnologie et de sociologie comparative (UMR 7535
Numérisation, conception, réalisation, tirages : Martine Esline, Photographe, (USR 3225),
Maison de l’Archéologie et de l’Ethnologie.

© Paul Faur . La reproduction des photographies est interdite.