L’église de Panaghia Poulati au coucher du soleil à la fin de la partie religieuse de la fête

 

A Sifnos, comme ailleurs dans les Cyclades, on raconte qu'il y a 360 églises, autant que les jours de l'année. En effet, en dehors des églises paroissiales, qui se trouvent dans les agglomérations de l'île, et qui font partie d'un quartier, on trouve des dizaines de chapelles parsemées dans la campagne, aux sommets des montagnes ou au bord de la mer. On peut visiter toutes les chapelles de l’île, pour cela il suffit de demander les clés aux personnes qui en ont la garde. Plusieurs de ces chapelles ont été construites par des particuliers en remerciement au saint pour un vœu exaucé. Leurs descendants conservent le droit d’y résider dans les pièces attenantes à l’église et d’entretenir les lieux. Ailleurs, c’est la communauté locale qui en a la charge, à travers un conseil d’administration. L’entretien des chapelles s'organise autour de la fête annuelle, le jour de la fête du saint auquel elle est vouée. La célébration représente une dépense qui varie selon l'importance du lieu saint, et comporte la préparation des lieux (nettoyage, blanchissage à la chaux, réparations diverses), la célébration religieuse (émoluments du prêtre qui célèbre la messe) et les victuailles partagées qui peuvent être modestes, comme ici --un verre avec quelques gâteaux salés et sucrés aux pèlerins--, ou bien plus importants, --repas complet avec viande, légumes et vin, servi à tous les participants. Dans les grands panigyri on fait venir des musiciens qui animent la fête qui peut durer une bonne partie de la nuit. Le nombre des pèlerins varie selon l'importance de l'église et peut atteindre deux ou trois milliers de personnes l'été pour une île qui compte 3000 habitants permanents.

Le régime des célébrations des fêtes dans les chapelles est particulier: comme l'église reste fermée toute l'année, l'icône tutélaire "revient" une fois par an, le jour de la fête, et y passe la nuit. Elle est emmenée par le panigyras, l’hôte de la fête, qui l'a gardée chez lui pendant une année et qui est le maître des cérémonies le jour de la fête, dernier jour de ses obligations vis-à-vis du saint. En règle générale, le panigyras change tous les ans car les candidats pour cette fonction sont nombreux. L’icône est alors remise à son nouveau gardien suite à la messe du lendemain matin. Etre panigyras constitue un acte votif, c'est-à-dire qu'il est lié à un vœux qu'on exprime auprès du saint (demande d'intercession ou remerciement pour une aide). Le panigyras agit au nom de sa famille ; on dit qu'avoir l'icône d'un saint chez soi apporte de la grâce (charis) : le saint protège la maison et les membres de la famille.

Dans les photos exposées ici on suivra le déroulement des opérations rituelles à la veille de l'Assomption le 14 août 2004, à la chapelle dédiée à la Vierge dite PanaghiaPoulati, située sur un rocher au-dessus de la mer, au NE de l'agglomération principale de l'île, le village Artemonas. Dans la tradition orthodoxe la célébration commence la veille de la fête proprement dite avec le panigyrikos esperinos, les vêpres panégyriques ; la fête séculaire (avec musique et boissons) se déroule juste après cet office.

La famille du panigyras était hébergée pour l'occasion dans une maison à proximité de l’église. Le prêtre arrive dans un premier temps à la chapelle, où il est accueilli par les administrateurs (epitropoi), il est ensuite conduit vers la demeure du panigyras, qui a gardé l'icône pendant l'année. Celle-ci est exposée sur un petit d'iconostase situé dans la maison ; le prêtre en entrant prononce une prière spécifique pour la famille, pour la santé des vivants et pour le repos des âmes des morts. Il est ensuite invité à partager un verre avec la famille et les proches de celle-ci, sur la terrasse de la maison, avant de prendre le chemin vers l'église, où on célèbrera les vêpres. Après les vêpres panégyriques, l’assemblée se retrouve dans la cour de la chapelle pour le rituel de la rupture du pain (artoklassia), en commémoration du miracle de la multiplication des pains (Cf. Jean, 6 :4-14). A la fin de la cérémonie religieuse, boissons et gâteaux seront offerts à l'assemblée1.

1Pour en savoir plus, Cf. Katerina Seraidari, Le culte des icônes en Grèce, Presses Universitaires du Mirail, 2005.

L’exposition a été conçue et réalisée dans le service photographique de la Maison René Ginouvès par Martine Esline. Photographe, (USR 3225), Nanterre.

Textes, légendes et photos : © Maria Couroucli (UMR 7535) Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative, M.A.E, Nanterre .
Tirages numériques: Martine Esline ((USR 3225)), Nanterre.

La reproduction des photographies est interdite.