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Bilan final

Espaces des morts

Présentation

Nous avons adopté une approche diachronique, en examinant d'abord les faits préhispaniques à la veille de la conquête, puis ceux de la période coloniale. Ensuite ont été étudiés des exemples concrets provenant d'enquêtes ethnographiques effectuées par des membres de l'atelier.

Contributions

- Pierre Becquelin : " Coutumes funéraires mayas à la veille de la conquête espagnole "

- Chloé Andrieu : " Les coutumes funéraires à l'époque coloniale "

- Hélios Figuerola : " De la curiosa relación entre vivos y muertos en la comunidad tzeltal de San Juan Evangelista Cancuc, en las Altas Tierras del Estado de Chiapas, México "

- Olivier Le Guen : " Ubèel pixan : le chemin des âmes chez les Yucatèques du Quintana Roo "

- Perla Petrich : " El espacio de los muertos "

- Ruth Piedrasanta : " De Muertos y Maxtoles : Creencias y costumbres funrarias entre los Chuj de San Sebastian Coatán y San Mateo Ixtatán "

Conclusions de l'atelier

Au Postclassique récent, de 1250 à la conquête espagnole, malgré des variantes, on distingue deux traditions funéraires relativement homogènes correspondant a deux grandes zones culturelles maya : le nord du Yucatan et les Hautes Terres (P.Becquelin). Dans les deux cas les sépultures sont placées soit dans l'espace domestique soit dans des édifices à fonction politique et/ou religieuses.

Par la suite, la colonisation espagnole a bouleversé cette situation en imposant de nouvelles traditions, marquées en particulier par l'enterrement dans et autour de l'église. Leur adoption a dû varier selon les aires d'influence des religieux, et il est difficile de généraliser les données pour cette période car les études précises sont rares. Il semblerait toutefois, que par endroits du moins, comme à Tipu, Lamanai ou Tancah le changement spatial se soit opéré relativement rapidement. La période suivante est moins bien documentée. Au 18ème siècle, à Bachajon (Chiapas), ou à Ixil (Yucatan), les modes d'enterrements catholiques spatialement très hiérarchisés ont visiblement été adoptés et s'articulent avec l'organisation sociale indienne, par le biais du coût des sépultures ou des services rendus à l'église.

Au XIXème siècle, les lois Juarez, la nationalisation des cimetières et l'interdiction des enterrements ostentatoires ont réduit les lieux d'inhumations légaux aux seuls cimetières municipaux séparés de l'église (C.Andrieu). Aujourd'hui encore, malgré la persistance d'inhumations en contexte domestique, la grande majorité des défunts est enterrée dans les cimetières et les différences sociales, si elles existent, ne sont généralement pas marquées spatialement (H.Figuerola, R.Piedrasanta, O.Le Guen). Néanmoins dans les régions du Lac Atitlan et des Cuchumatanes les morts sans ressources sont enterrés dans un secteur particulier du cimetière et on ne leur pose au dessus de la tombe qu'une croix de bois. Les morts ayant plus de moyens sont enterrés dans des niches en ciment ou dans des tombes en ciment très décorées. A Bachajon comme à X'kopchen, ce n'est que depuis une dizaine d'années que les tombes riches se distinguent des autres. Nous pensons que dans ces cas nous pouvons parler d'un seul espace funéraire (cementerio) dans lequel sont créés des emplacements différenciés selon le rang social des morts.

En revanche, cette actuelle uniformité des lieux du corps accompagne une incroyable diversité des conceptions des au-delà. A Cancuc, el infierno est un pays de morts gardé par un Lusiper bonhomme qui laisse les défunts boire, danser et visiter les vivant. Autour du lac Atitlan c'est un monde hiérarchisé, où l'on travaille et souffre sur le mode du monde des vivants, alors qu'à X'kopchen on distingue, la gloria ou el paraiso situés au ciel ou à l'est de la terre, d'un infierno qui se trouverait sous terre. En fait, la seule constante parmi ces conceptions différentes est la très forte ubiquité des défunts. Qu'ils aient réellement une fonction de contrôle social comme autour du lac Atitlan et Cancuc ou simplement d'observation comme à X'kopchen ou Bachajon, ils se caractérisent par une présence très prégnante dans la vie de tous les jours. Cependant cette ubiquité suit certaines règles, les âmes sont guidées à travers des parcours. Le jour de l'enterrement ou de la fête des morts, elles sont en effet conduites, dirigées, accompagnées par des spécialistes (maxtoles : R.Piedrasanta) ou par la famille (O.Le Guen). Partout ce sont ces trajets qui semblent être l'enjeu principal des relations entre morts et vivants et de l'imbrications de leurs espaces, si bien que l'espace même de l'inhumation du corps semble ne tenir qu'un rôle secondaire, peut-être d'ordre davantage social que religieux. C'est ce qui expliquerait du moins l'étonnante perméabilité des pratiques funéraires mayas aux différents bouleversement socio-économiques subis depuis l'époque postclassique.

Bien entendu ces quelques conclusions fondées sur l'étude de quelques communautés ne peuvent être généralisées qu'avec précaution.

Jusqu'à présent aucun travail comparatif général n'a été tenté. Les recherches antérieures, par exemple celles d'Alberto Ruz Lhuiller et plus récemment de Mario Ruz ayant surtout multiplié des exemples locaux. Il serait peut-être possible de continuer le travail de l'atelier par une étude, dans les différentes aires géographiques maya, de la répartition de certains traits ou thèmes caractéristiques.