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Bilan final

parallélisme


Le parallélisme
Généralités

définitions préliminaires
Prosodie
Mi-paire
Paire
Iconologie
Epigraphie

Le parallélisme

Généralités sur le parallélisme étudié dans les textes et la tradition orale

Le parallélisme linguistique est un phénomène abordé fréquemment en association avec la problématique « cultures à traditions orales / cultures de l'écrit » (Parry 1930, Lord 1960, Hymes 1981, Ong 1982, Tedlock 1983, Rumsey 2001 entre autres). Cet aspect ne nous concernera pas. En revanche, l'un des points de cette discussion concerne les variantes présentées par ce phénomène, sujet directement relié à sa définition et au coeur de notre recherche.

Nous n'effectuerons pas non plus de comparaison avec d'autres sociétés mésoaméricaines qui utilisent des procédés semblables et nous ne hasarderons pas de conclusion : la discussion sur des fonctions interculturelles du parallélisme exigerait en effet des études ethnographiques et linguistiques nouvelles et approfondies. Notre position rejoint la conclusion de Rumsey, qui rejette les généralisations mais se pose cependant la question de savoir pourquoi telle forme de parallélisme surgit dans une société. Il étudie deux groupes de Nouvelle Guinée, voisins mais différents et dont l'un utilise une forme métrique du parallélisme (les Ku Waru) tandis que l'autre (les Kaluli) utilise un parallélisme non métrique. Pour rendre compte de la présence d'un trait définitoire - mètre - dans une société et de son absence dans l'autre, il met en rapport la différence avec une différence de statut de la parole et d'ethos social - en particulier le style fortement compétitif ou non de l'interaction personnelle pour accéder au statut de big man ou d'époux. C'est donc à une étude sémiologique qu'il nous convie : la forme prise par le parallélisme, comme l'a montré Feld, « exige une attention particulière aux voies selon lesquelles les structures sonores sont cohérentes avec d'autres aspects de la vie sociale à travers la médiation d'idéologies linguistiques locales spécifiques et les gestions de l'expression » (Rumsey 2001 : 219). Cet axe est essentiel dans la comparaison à mener entre les différentes formes du parallélisme illustrées par les diverses langues mayas et en diverses époques. Par exemple, dans un contexte général amérindien où l'habileté linguistique engendre du pouvoir, certains phénomènes contextuels nous font penser que le dialogue rituel à Bachajon a une forte composante d'antagonisme, de victoire et de défaite, de pouvoir, et partant, peut être relié à un contexte polémique au sens propre, ce qui est le cas des exemples donnés du carnaval, lequel est une réactualisation de la guerre historique entre Lacandons et Tzeltal (Monod Becquelin et Breton, 2003). Mais nous n'avons ni mesuré ni relié la forme du parallélisme bachajonteco des discours rituels à cette intuition fondée sur l'ethnographie. Les frappantes dissemblances dans les configurations parallélistiques entre le yucatèque et le tzotzil ou le tzeltal, le fait que les éléments signifiants ne sont pas les mêmes dans les différents genres et les différentes langues (tantôt la paire est hautement signifiante, tantôt c'est le co-texte qui porte la signification, tantôt les signifiés sont de type ontologique - êtres, objets, personnages, actions - tantôt de type qualificatifs et spécifiants), les variations de la distance entre unités mises en parallèle par le locuteur (vers, strophes, épisodes) sont autant d'éléments dont l'étude ne vaut que par la précision des analyses et le nombre d'échantillons soumis. La poursuite de ce travail est à venir.

On a vu maintes fois que les formes ne sont pas suffisantes pour définir le parallélisme. Les formes sont en effet associées à toutes sortes de types de textes, d'où l'éparpillement apparent des traits. Dans bien des cas, le contenu est dissociable de la forme. Toute définition des genres se heurte à ces problèmes de frontières. Les genres des traditions orales mayas des Basses Terres et des Hautes Terres sont assez différemment analysés et catégorisés selon les groupes, mais aussi selon les anthropologues et les linguistes (Monod Becquelin 2006 Mayab). On retiendra une variété de contenus souvent associés à une variété de styles, plusieurs coexistant dans un même texte proféré (narration, conte, prière etc.). Style est ici utilisé pour décrire aussi bien des faits de prosodie (intonation, rythme du débit, hauteur de la voix, mesure des séquences) que des faits de grammaire (déplacement modaux, valeurs épistémiques, glissements de pronoms personnels, changements de temps) ou lexicaux (usages des tropes, changement lexical).Par ailleurs, cette construction est un procédé vivant qui évolue ; cette évolution prend parfois le chemin de nouvelles figures et de nouvelles associations, y compris avec des emprunts, parfois aussi les anciennes expressions prennent un sens nouveau Merlan et Rumsey (1991) insiste sur le fait que de nouvelles expressions parallélistiques sont moins .prisées de la part du spécialiste que l'utilisation des figures traditionnelles avec un sens nouveau en relation étroite avec les circonstances (bent speech). Il nous faudrait vérifier si la satisfaction à l'écoute des discours rituels est, à l'image de ce qui est avéré chez les Ku Waru, « moins placée sur la nouveauté absolue que sur l'adaptation des figures standard aux circonstances locales ».

Pour identifier le sens et les figures utilisées, il faut prendre en compte que tout texte pris comme unité d'analyse tire une partie de son sens de l'événement de narration, de la performance (Hanks, Haviland, Monod Becquelin. Cet effet, que nous posons en hypothèse générale pour toute tradition orale (qui contient à la fois, dans son expression, du stable et de la répétition et des variantes dues aux contextes), n'a jamais été analysée en soi et l'étude reste à faire de la variation ; celle-ci peut être « signature individuelle » - comme dans les discours de chefs en Amazonie, Haut Xingu - (Franchetto *), histoire locale - comme dans les narrations mythiques dans cette même région (Monod Becquelin, Guirardello et de Vienne * ), identification clanique - comme chez les Ku Waru (Rumsey 2001)

Quelques définitions préliminaires

Dans une première définition, le parallélisme est une unité d'ensemble composée de deux sous-ensembles, qui ont une partie identique ou similaire et une partie différente ; la partie répétée à l'identique ou similaire est le co-texte ; ce que nous appelons paire (ou doublet) est assigné aux unités différentes (ou contrastives). La mi-paire est l'un des deux termes en couple. Le co-texte est déclaré identique ou similaire pour des raisons formelles (même composition du syntagme ou de la phrase, ou composition similaire), exceptionnellement sémantiques : on précisera ce qui est considéré comme similaire. La partie variable, c'est à dire la paire, peut être lexicale ou grammaticale.

Exemple *

Chaque mi-paire est associée à une ou plusieurs autres mi-paires dans le discours ; elle entretient avec son ou ses mi-paires associées des relations sémantiques et rhétoriques qui sont différentes selon les termes associés mais aussi le co-texte. Le phénomène relève, à ce premier niveau, d'une relation de contraste non orienté - dans la définition la plus neutre du terme. Cette première définition opératoire n'entraîne pas un effacement du sémantisme des paires ni un rejet de la rhétorique (et de la performativité qui y est attachée), objets qui sont simplement traités plus tardivement. Dans notre hypothèse de travail, le sémantisme des paires dans le parallélisme maya est une actualisation du parallélisme entendu comme procédé cognitif. Ceci implique un traitement du sémantisme qui ne peut en aucun cas être borné à deux vers, ou même à un seul texte.

La paire, comme le co-texte, utilise toutes les ressources de la langue et toutes les dimensions textuelles - morphème grammatical, lexème, mot, syntagme, phrase, paragraphe, texte... - y compris le contraste entre une unité et rien.

L'écart entre les unités considérées comme mi-paires peut être caractérisé comme adjacent (ou connexe), proximal et distal, chacun des deux derniers qualificatifs ayant des degrés mesurables.

Répétition, similarité, variante, variation, variable, analogie, redondance

Répétition à l'identique

On considère comme identique ce qui est répété littéralement dans le texte, l'unité de mesure étant le vers, le paragraphe, l'épisode. Les éléments répétés jouent deux types de rôles principaux : celui de co-texte (ils vont former la structure à partir de laquelle les éléments dissemblables sont repérés) et un rôle démarcatif lorsque la répétition se fait à distance ; Il ne s'agit pas d'une simple répétition, mais de répétition systématique, et ceci à n'importe quel niveau, et quelle que soit l'unité en cause. A un niveau supérieur, la répétition d'un « refrain » à travers le texte établit un cadre au sein duquel les sections ou épisodes sont placées en parallèle, exactement comme au niveau inférieur sont placés les mots en contrastes

Au premier niveau, que nous appellerons le microparallélisme, « une répétition partielle de vers à vers établit des cadres syntagmatiques au sein desquels il y a, au même emplacement, un contraste paradigmatique» (Rumsey 2001 : 207, ma traduction).

L 20 tal jam j-ti' je suis venu ouvrir ma bouche
L 21 tal jam k-o'tan je suis venu ouvrir mon coeur

Similarité

Ce qui est défini comme similaire à une autre occurrence dans le texte est une occurrence qui comprend une partie commune et une variable qui ne modifie pas substantiellement sa forme ou son sens ; elle peut éventuellement être affectée d'un coefficient caractérisant sa portée. Il s'agit souvent d'un seul mot, par exemple un mot de liaison, une apostrophe, un déictique supplémentaire, un focalisateur, mais la similarité peut mettre en jeu des retraits aussi bien que des ajouts ou des transformations de type synonymique.

L 131 bin util s-toj-el nax jun yal jbet comment payer mes dettes
L 132 s-toj-el nax jun yal jpatan payer ma contribution

Redondance

Cette notion ne constitue pas un outil d'analyse dans la mesure où elle fait intervenir un jugement sur le sens dans une théorie de la communication restreinte, associé à l'idée de perte de pertinence et de signification. Dans un contexte ethnographique où la répétition et l'apparente redondance sont un des moyens d'expression de la « chaleur » et de l'« efficacité » de la parole, ce concept ne peut être maintenu à priori.

Les caractérisations les plus importantes relativement à la construction du sens relèvent de la mesure, principalement : fréquence, distribution, distance.

De proche en proche, ou plutôt de plus loin en plus loin, la taille des unités augmente, le parallélisme peut être moins littéral et on aboutit à des niveaux de macroparallélisme intra- voire inter-textuel, où se répondent événements, locuteurs, temps ou espaces différents, séparés (introduits ou terminés) par des formules démarcatives plus ou moins fixes. Celles-ci sont appelées des formules méta-narratives, opérant d'abord au niveau démarcatif, et en même temps au niveau de la méta-narration ou de la méta-récitation (Bauman 1986). Elles sont en effet souvent des adresses, des questions rhétoriques, des identifications des auditeurs (en tant que partie active de l'événement).

Ce type de parallélisme entre épisodes est manifeste dans les contes. Il est, sous certains aspects, comparable à celui des contes européens à épisodes - épreuves différentes pour un héros qui ne triomphe qu'à la dernière (cf. La Rose et le Christ). Toutefois, dans la tradition maya, il est très présent dans les séquences de demandes rituelles, qui sont le plus souvent exécutées plusieurs fois sur un schéma similaire. Ce phénomènes permet également de structurer le discours, comme dans le Rabinal achi, où les séquences parallélistiques semble avoir une valeur pragmatique qui donne à la paire une qualité de topique et au co-texte une qualité déictique de focus :

Comme on le voit, l'inventaire des unités en parallèles (inventaires de mi-paires, de paires, d'épisodes, de sous-genres de textes) doit être entendu comme ouvert, génératif, ensemble de familles de termes plutôt que de termes. C'est pourquoi dans un premier temps, on se contentera de donner une idée aussi précise que possible des paramètres utilisés pour parvenir à une définition extensive du parallélisme, sans dépasser les frontières mayas.
Une série d'objectifs limités ont été atteints sur des échantillons de textes. L'hypothèse de départ selon laquelle le parallélisme est un procédé qui existe dans le temps et dans l'espace de façon continue dans le monde maya, a conduit à prendre des textes de langues et d'époques différentes. Ce corpus a pour objectif des comparaisons croisées entre : langues (tzeltal, quiche', yucatèque), genres (rituels thérapeutiques, agricoles, dialogues de passation de charge, discours liés au politique - adresses et proclamations officielles, discussions lors d'assemblée communautaires, conte/mythes), époques (textes de l'époque coloniale : textes du Rabinal Achi , discours mytho-historico prophétique des Chilam Balam, prières thérapeutiques du Rituel des Bacabs, sermons, lettre/discours de revendication politique et religieuses de la Proclamation de Juan de la Cruz...). En ce qui concerne l'époque, les textes du Chilam Balam offrent un lien précieux avec les études sur les textes glyphiques. Il faudrait y ajouter la comparaison entre individus pour un même rituel et pour un même individu, entre des moments différents. Les exemples sont ainsi constitués :

1. tze04 : mariage
2. tze 05: mariage
3. tze 06: mariage
4. tze 17 : san sebastien
5. tze 18 : milpa
6. tze 24 : carnaval (1)
7. tze 26 : carnaval (2)
8. tzo 01 : The man of the house venerates the candles
9. tzo 02 : common prayer
10. yuc 08 : chilam Balam de Chumayel
11. El Ritual de los Bacabes
12. Proclamation de Juan de la Cruz
13. Les paroles de Juan de la Cruz ( Don Y., enregistré le 3 mai 1995.)
14. Version remémorée des paroles de Juan de la Cruz entendues lors des lectures du livre sacré. (240 vers)
15. Adresse aux Etrangers (Don J. , enregistré le 27 août 1994) (288 vers)
16. Dialogue de passation de charge lors de la pérégrination de San Juan (Don Yano et Don Mako, élicité)
17. Prière lors de rite agricole (prémices) (Don Yano) (562 vers)
18. Prière thérapeutique (pa'ìik', santiguar) (Don Torib) (environ 500 vers)
19. Le conte du petit homme enlevé par les esprits-gardiens (Rufina) (235 vers)
20. L'apparition de la première croix (Don Mako, texte 8). (env. 500 vers)
21. Quiché-Achi : le Rabinal Achi

Les analyses ne sont pas encore terminées et les interprétations sont encore provisoires ; les conclusions définitives seront publiées dans un ouvrage général sur le parallélisme en pays maya ». Nous donnerons ici uniquement quelques indications permettant de suivre notre démarche, principalement les cas les plus accessibles pour la clarté des définitions. Cette description s'articulera autour de points de vue différents : le premier concerne la composante prosodique, le second la mi-paire, puis la paire.

Prosodie

On retiendra comme pertinents pour la description prosodique des textes tzeltal. Nous verrons ces différents paramètres à travers deux extraits significatifs de discours rituels (pat-o'tan) tzeltal. :

Vitesse du débit (lent /rapide)

Voici deux images qui représentent exactement 10 secondes d'enregistrement qui illustrent une performance rapide (la première image) et une lente (la seconde) :

Rapide
lent

Ici le débit moyen du premier extrait est d'un vers par seconde (10 vers prononcés pendant le laps de 10s représenté ici). Le second qui présente que 5 vers dans ce même laps de temps a donc un débit d'un vers toutes les 2 secondes. Cette variation aura aussi des conséquences dans la plupart des paramètres suivants mais pas tous.

Place des césures

Dans le premier extrait choisi, nous noterons que les seules césures se trouveront juste avant ou juste après ce que nous appelons les vers « d'adresse » qui ne sont pas dans une configuration parallélistique, souvent le même vers que l'on retrouve tout au long du discours qui a une valeur plus ou moins démarcative comme semble le souligner la placement des césures. D'autres césures apparaissent également pour des raisons physiologiques de reprise de souffle.

Dans le second extrait, nous trouvons les césures entre chaque vers, qu'ils soient en paire ou non.

Marquage des césures (temps de pause et élévation ou abaissement de la voix)

Dans l'extrait rapide les vrais césures (c'est à dire celles qui ne sont pas conditionnées par le manque de souffle) sont caractérisées par une baisse de l'intonation et de l'intensité juste avant la césure. Celles-ci ont une durée moyenne de 0.6 s mais cette durée semble plus significative dans le deuxième extrait. En effet nous y observons deux types quant à leur durée. Le premier type qui a une moyenne de 0.6 s semble ponctuer un énoncé construit. Le deuxième, lui, a une durée plus grande de l'ordre de 1.1 s et semble avoir une fonction plus démarcative ; seule une analyse plus poussée du contenu sémantique du discours pourra nous informer sur sa nature.

Intonation / Accentuation (prière monologuée, chant, litanie etc.)

Outre l'accentuation portant sur la dernière voyelle d'un mot, propre au système phonologique du tzeltal, une accentuation forte sur la dernière voyelle du vers semble très caractéristique de ce genre. Il est d'ailleurs intéressant de noter que cette règle fonctionne uniquement pour les mots tzeltal car si le dernier mot d'un vers est un emprunt espagnol l'accent tombera systématiquement sur la pénultième voyelle. Nous ne pouvons pas pour l'instant mesurer exactement les valeurs exactes de la montée du fondamental (F0) révélateur de ce phénomène car les pat-o'tan sont toujours accompagnés d'une musique (tambours, conques, flûtes et guitares) qui brouille les résultats. Nous observons cependant que cette montée est plus importante dans un pat-o'tan lent que dans un pat'o'tan rapide, ce qui donne à ce dernier une monotonie certaine.

Allongement vocalique

L'accentuation que nous venons de voir est concomitante avec un allongement vocalique. Nous pouvons illustrer ici les durées vocaliques dans un vers stojol yala tehlumale (« le prix de l'existence »).

Durée (seconde)
voyelles non accentuées (moyenne)
0.047
voyelles accentuées autre qu'à la fin du vers (moyenne)
0.088
voyelles non finales du vers (moyenne)
0.067
voyelles finales du vers
0.400

Nous constatons alors que la dernière voyelle, celle qui porte l'accent du vers, est environ 6 fois plus longue que les autres.

Tous ces paramètres qui nous avons posés en nous basant sur des intuitions ou des observations empiriques ne sont encore que très peu étudiés mais il semble clair que leur étude nous éclairera sur la structure des discours rituels dont la signification reste encore très opaque. De plus, les différents travaux sur le parallélisme maya sont rarement sortis d'études de documents écrits pourtant nous pouvons voir ici que la composante prosodique est une partie intégrante de ce phénomène.

La mi-paire

Cette approche ayant été la première et la plus largement traitée, nous ne nous attarderons pas sur ce point :

1. Un inventaire « exhaustif » des termes en paires (mi-paires) dans les textes contemporains et coloniaux choisis comme échantillons .

LANGUE
Mi-paire 1
Mi-paire 2
Trad Mi-paire1
Trad Mi-paire2
REF
Achi achi K'iche' Achi K'iche' RA : vers 0010, 0211, 0356
Achi achi oyew homme colère RA : vers 1497, 1892
Achi aj ixoq homme femme RA : vers 0020, 0456
Achi aj cho jonc lac RA : vers 1079
Achi ajaw siwan jonc ravin RA : vers 1455
Achi ajaw achi seigneur homme RA : vers 0355
Achi ajaw K'iche' seigneur K'iche' RA : vers 0361, 0498
Achi ajaw muj seigneur abri RA : vers 1375, 1852, 1938
[.........]
[.........]
[.........]
[.........]
[.........]
[.........]
Tzeltal a'tel biil travail nom TZE26 : vers 0472
Tzeltal a'tel patan travail charge TZE26 : vers 0049, 0115
Tzeltal ahk'abal serena nuit humidité de la nuit TZE05 : vers 0018
Tzeltal ajawalil bak'etal gouverneur corps TZE26 : vers 0091
Tzeltal al a(l)-b- dire conseiller TZE04 : vers 0044
[.........]
[.........]
[.........]
[.........]
[.........]
[.........]
Tzotzil ak' k'elan donner offrir TZO01 vers : 0163, 0219, 0257, 0428
Tzotzil ak' ye donner montrer TZO01 vers : 0450
Tzotzil al nich'on fils de femme fils d'homme TZO02 vers : 0037, 0047
Tzotzil antz senyora femme femme TZO01 vers : 0325
Tzotzil antz senyora femme femme TZO02 vers : 0109
Tzotzil ba sat visage oeil TZO02 vers : 0057, 0067, 0089, 0103, 0111, 0124

Grâce à un tel travail systématique nous pouvons également mettre en relief un certain fond commun de paires à travers les différentes langues et périodes étudiées.

LANGUE
Mi-paire 1
Mi-paire 2
Trad Mi-paire1
Trad Mi-paire2
REF
Achi al k'ajol fils de femme fils d'homme RA : vers 0037, 0243, 0274, 0279, 0617, 0629, 0631, 0640, 0666, 0692, 0717, 0743, 0784, 0870, 0872, 0886, 0900, 1099, 1109, 1119, 1136, 1147, 1153, 1158, 1430, 1631, 1952, 1966, 1974, 2060
Tzeltal al nich'an fils de femme fils d'homme TZE06 : vers 0014, 0018, 0022, 0024, 0041, 0045, 0049, 0065, 0071, 0108, 0130
Tzeltal al nich'an fils de femme fils d'homme TZE05 : vers 0034, 0057, 0136, 0158, 0172
Tzeltal al nich'an fils de femme fils d'homme TZE26 : vers 0570
Tzeltal al nich'an fils de femme fils d'homme TZE04 : vers 0022, 0028, 0033, 0058, 0061, 0114, 0121, 0154, 0164
Tzotzil al nich'on fils de femme fils d'homme TZO02 vers : 0037, 0047
[.........]
[.........]
[.........]
[.........]
[.........]
[.........]
Achi il tzu' voir regarder RA : vers 0233, 0551, 0571
Tzeltal il k'abu-y voir observer TZE06 : vers 0128
Tzeltal il k'abu voir observer TZE04 : vers 0157
Tzeltal k'el il regarder voir TZO01 vers : 0070, 0104, 0123, 0127, 0311
Tzotzil k'el il regarder voir TZO02 vers : 0119
[.........]
[.........]
[.........]
[.........]
[.........]
[.........]
Achi chak patan travail charge RA : vers 1250, 1280, 2606
Tzeltal a'tel patan travail charge TZE26 : vers 0049, 0115
Tzotzil abtel patan travail charge Laughlin

Le relevé des paires communes à tous les registres (ou tous les textes de même genre) et des paires typiques de chaque genre peut s'effectuer à ce moment. On suppose qu'il y a des champs sémantiques, des figures, spécifiques aux thèmes traités. Ceci donnerait la possibilité de classer les textes selon un deuxième critère à côté des fréquences et de poser des genres et des sous-genres.

La paire

Une des questions est de déterminer la frontière entre la paire proprement dite et les listes. Cette problématique est en cours d'étude et présente déjà un grand intérêt relativement à la variation dans le traitement des listes dans les différentes langues étudiées.

Afin de mieux illustrer les différents phénomènes traités et les analyses informatiques que nous avons mis en oeuvre pour chacun des documents pendant ces 3 ans, voici quelques échantillons :

Un inventaire des paires et des associations de 3 à N termes ;

0687 Ta yijil motoyul Con sus palmas
0688 Ta yala yijil chapayul Con sus ramas
0689 yu'un yala ch'ibul Con sus animalillos
0690 yu'un yala tabul Con sus cojolitas
0691 yu'un yala wankululil Con sus animalitos
0692 yu'un yala xililul Con sus pajarillos
0693 yu'un stsahal k'emul Con su senso
0694 yu'un stsahal chijul Con su venaditos
0695 yu'un yala maxul Con sus changos
0696 yu'un yala inatanul Con sus iguanas

Diagramme présentant l'occurrence de chaque paire par numéro de vers :

Classement croissant ou décroissant des paires répétées de 2 à N fois ;

1. La mise à plat de ces constructions, permettent à elle seule de nuancer ou d'infirmer des intuitions préalables. Par exemple, contrairement à l'impression auditive qui fixe les répétitions, la majorité des paires n'apparaît qu'une seule fois dans un texte ; les paires « les plus fréquentes » se détachent souvent nettement des autres ; les paires - mais ceci est davantage prévisible - sont thématiquement associées de façon directe (champs sémantique) ou indirecte (métaphore, associations rituelles).

2. Un calcul des distances entre vers contenant les mêmes paires, en prenant les plus fréquentes.

A l'évidence, les vers dont la paire ne se répète pas ne rentrent pas dans le calcul.

Deux résultats:

- les différences (souvent grammaticales) sont à inventorier et à qualifier
- les blocs ainsi démarqués ont-ils une unité sémantique ?

3. La qualification des degrés de similitude

Le but est de sortir progressivement de la formule dite canonique du micro-parallélisme pour arriver à la « répétition systématique » selon le terme de Rumsey, qu'on pourrait définir comme « une répétition de construction supérieure » ou méta-parallélisme, forme de beaucoup de textes de tradition orale ; on étendrait ainsi la définition du parallélisme tout en définissant ses limites.

4. Une récapitulation des figures les plus largement représentées dans les divers moyens d'expression.

Ici, l'objectif est de comparer dans différentes langues et traditions mayas l'utilisation et la nature du parallélisme et ses noyaux sémantiques et symboliques dans différents modes d'expression : épigraphie, iconographie, architecture, utilisation de l'espace.

5. Un dernier point plus général et outrepassant les textes analysés en exemples, la redéfinition de l'étendue du phénomène, inventaire et description des procédés, étude des relations entre répétition et variation ; relations entre les procédés/formes et les fonctions.

Les débuts d'étude des textes de la tradition orale ont montré, comme dans les deux types de corpus précédents, que le parallélisme est un instrument plus ample et beaucoup plus diversifié que ce que l'on décrivait dans un premier moment; chaque figure est produit et matrice à la fois d'un ensemble de virtualités intra- et inter- textes. Le repérage des variantes possibles, l'ordonnancement des différents niveaux d'emboîtement des structures, les scénarios qui font surgir tel ou tel appariement font apparaître le parallélisme comme un instrument qui a le pouvoir d'embrasser un grand nombre de situations, de points de vue, de nuances, d'intentionnalités, mais se situe également cognitivement comme mode de connaissance.

Iconologie

L'examen de la signification des figures en iconologie rapproche les analyses d'un phénomène plus syntaxique et sémantique : le difracisme ; à une unité sémantique ou significative [« structure d'une image »], correspondent deux ou plusieurs termes (exemple du monstre terrestre) ; les « associations » [dans les termes de le et pour caractériser les niveaux : attributs, figures, ensembles, emboîtages etc.] montrent une certaine fixité en ce qui concerne le sens global mais des variantes dans la composition de ce sens [«pour révéler des oppositions ou des nuances » ]; les procédés spécifiques relevés dans l'iconographie sont la disposition de part et d'autre d'un axe de symétrie, la juxtaposition de termes, l'alternance, la fusion.

Dans le cadre de l'atelier « Parallélismes », Claude Baudez a présenté un essai sur le parallélisme dans les images mayas de la période classique (300-900 de notre ère).

Le parallélisme est provisoirement défini comme l'ensemble des procédés permettant de contraster dans la structure d'une image deux ou plusieurs termes qui peuvent être contraires, ou homonymes, ou synonymes, ou presque homonymes ou presque synonymes. Dans ces derniers cas, c'est une nuance, aussi ténue soit-elle, que l'on cherche à exprimer.

Dans les compositions cosmologiques, les termes utilisés peuvent être des formes naturelles plus ou moins déformées (le crapaud, le crocodile), des hybrides (le monstre cauac), des expressions logographiques d'aspect glyphique mais non utilisées dans l'écriture (ainsi la paire 7-tête/9-tête), des emprunts à l'écriture.

Quatre procédés de parallélisme ont été observés :

La disposition de part et d'autre d'un axe de symétrie d'un motif ou d'un personnage (gauche/droite, haut/bas, devant/derrière). Les monstres bicéphales aux têtes contrastées, qu'ils soient terrestres ou célestes, fournissent d'excellentes illustrations de ce procédé, qui permet de présenter une opposition de termes à la fois contraires et complémentaires. On peut citer aussi l'exemple d'un oiseau aux ailes étalées marquées l'une du glyphe jour, l'autre du glyphe nuit.

La juxtaposition de deux termes que l'on cherche à opposer.

L'alternance. Ainsi sur une banquette de Copán, deux masques, celui du monstre terrestre et celui du jaguar solaire, alternant quatre fois. L'opposition entre les deux symboles est préservée, ainsi que l'idée de la répétition à l'infini du cycle des saisons.

La fusion qui combine en une même image ou en un même signe deux images ou deux signes, normalement séparés (image d'un jaguar à la tête reptilienne ou mélange de deux glyphes de sens voisins). La disposition dans l'image de termes « parallèles » utilise divers procédés qui ont tous pour fonction d'inviter le spectateur à comparer ces termes, à la fois différents et semblables.

Les effets sémantiques de ces différents configurations relationnelles portent sur une grade variété de thèmes opposition ou complémentarité de nature des éléments, cyclicité saisonnière ; ambivalence des entités.

Épigraphie

La contribution d'Emilie Jacquemot et Jean-Michel Hoppan est fondamentalement d'analyser les sources mayas de type glyphique en vue d'appréhender leur apport à la compréhension du phénomène du parallélisme chez les Mayas, notamment en les confrontant avec les résultats obtenus à partir de l'analyse du même phénomène dans les langues modernes de la famille maya (Monod-Becquelin, Vapnarsky et Breton) ainsi que par les approches ethnologique (Breton), purement iconique (le) ou archéologique.

On constatera que l'approche épigraphique met en relief également les notions de variantes d'une part, de différents niveaux de composition d'autre part, ce qui rejoint les observations faites en langue.

La concrétisation de cette analyse s'est effectuée en fixant, pour les inscriptions de nature épigraphique (premier corpus subsistant d'écrits glyphiques mayas autant en termes quantitatifs que de diversité ou d'amplitude chronologique), un échantillon d'étude tiré des textes classiques gravés sur les monuments du site maya ayant livré jusqu'à aujourd'hui le plus grand nombre de glyphes : Copán (Honduras). En ce qui concerne l'approche des sources paléographiques (plus récentes et dont un intérêt particulièrement notable dans cette analyse diachronique est par conséquent de constituer une potentielle étape intermédiaire vers les textes modernes), l'échantillon a été tiré du Codex Peresianus, manuscrit glyphique datant du Postclassique Récent et conservé à la Bibliothèque Nationale de France (Fonds Mexicain, manuscrit n°386). L'étude de l'échantillon épigraphique a été l'objet d'une mission effectuée à Copán en novembre 2004.

De l'analyse de ces corpus sont ainsi apparues sept catégories générales de parallélismes, aussi bien documentées, dans des proportions variables, dans les sources épigraphiques que paléographiques :

1 - Parallélismes de type syntaxique dans lesquels ce phénomène se manifeste par la mise en parallèle de la structure grammaticale de plusieurs propositions ou phrases entières (ex. : « [le] 12 Ahau 18 Cumku cela est arrivé : la pierre [nommée] « Wan Yax Sak » (Stèle A) est érigée // [le] 4 Ahau 18 Muan était arrivé [et] la stèle nommée « Wan K'an » (Stèle H) fut érigée

2 - Parallélismes lexicaux, pouvant jouer sur la synonymie des lexèmes (ex. : « la stèle noblement nommée « K'inil » // principalement nommée « Yax Tsuts Chan » (Stèle F))

3 - Parallélismes lexicaux, pouvant jouer sur une mise en binômes mettant souvent en jeu la complémentarité et/ou opposition des composantes (ex : « ouverture // fermeture »)

4 - Binômes relevant du phénomène du "diphrasisme" ou merismus et qui sont retrouvés non seulement dans les inscriptions glyphiques, tant épigraphiques que paléographiques, mais parfois aussi dans les sources coloniales en caractères latins : « natte // trône » (= « pouvoir »), « silex // bouclier » (= « guerre »), « image // pénitence » (= « fils de ... »), « pénitence // obscurité » (= « auto-mutilation »), « terre // grotte/puits » (= « cité »), « ciel // grotte/puits » (= « capitale »), « jour // nuit » = « ciel // terre » = « étoile // lune » = « vent // eau » = « nuage // eau » = « femme // homme » = « vert // jaune » = « pain // eau » (= « (passage d'un état à un autre à travers la) dualité d'un tout »). Diphrasisme « calligraphique », où l'écriture a pris le relais de la langue en tant que base de cet effet spécifique de parallélisme lexical.

5 - Parallélismes exprimant la quadripartition du monde, basés sur la riche symbolique du nombre 4, au coeur de la géographie maya du sacré .

6 - Parallélismes "homophoniques" (ex. : chan 4 // chan serpent // chan ciel).

7 - Parallélismes entre identité culturelle de l'auteur d'un texte et identité qui lui est « étrangère ». Cette catégorie est clairement attestée de trois façons différentes : d'une part, des noms propres de divinités mayas sont mis en parallèle avec ceux d'aspects « étrangers » des mêmes entités, "phonétiquement calqués" en glyphes mayas ; d'autre part la mise en parallèle purement graphique d'une inscription maya avec son « pastiche pseudo-glyphique », dans lequel le scribe donne aux signes une apparence non-maya. Il s'agit enfin d'une mise en parallèle de formes « régionales » de pratiques textuelles liées à l'expression du temps avec le canon « classique » adopté aux périodes précoces de la tradition écrite maya.

L'étude de toutes ces formes de parallélismes nous montre que ce procédé, dans les textes mayas classiques, s'articulait aussi bien autour de la langue que de sa représentation en glyphes, jouant en effet sur les mises en parallèle de graphèmes, de sons et de sens, c'est-à-dire sur les trois plans iconique, phonique et sémantique.

Au coeur de la diversité de ces multiples catégories, un dénominateur commun est que le parallélisme a tendance à s'y exprimer le plus possible par la variation : la rhétorique du parallélisme a pour norme la similarité permanente des composantes mises en parallèle (que ce soit donc à travers la syntaxe des énoncés, le sens des lexèmes, la complémentarité (même dans l'opposition) des demi-paires dans les binômes "polarisés", les sons de la langue, les représentations mentales de l'espace(-temps) ou encore les identités culturelles, en évitant au possible leur simple répétition.

Ce rapide survol de quelques situations et de quelques problèmes montre à quel point l'étude de la parole prononcée et écrite, et probablement du statut de la représentations (iconologie et système des croyances) est liée à l'éclaircissement de ce processus fondamental : la mise en rapport parallélistique des concepts du monde maya.