MARQUES MATERIELLES DES INDENTITES

De la révolution à la mission : Constructions identitaires et reconstructions de l'église dans une communauté indienne au Chiapas
(Chloé Andrieu & Juliette Roullet Ponce)

L'église de Bachajon se trouve au centre géographique de la communauté, en face de l'arbre du « nombril du monde ». En sus d'être le lieu des cérémonies catholiques officielles, elle est aujourd'hui un des centres de célébrations communautaires majeures (Carnaval, rituels de la pluie).

À Bachajon, communauté divisée en deux quartiers séparés par une frontière matérielle et symbolique, cette église joue aussi un rôle de point de rencontre entre deux groupes parfois antagonistes. Quand il s'agit de définir les liens unissant les deux quartiers, il est courant d'entendre « jun nax kiglesiatik » : « nous avons une seule et même église ». Cœur d'un espace de contrôle religieux et politique à l'époque coloniale, l'église de Bachajon abrite aujourd'hui les saints protecteurs de la communauté.

Ce bâtiment a été partiellement détruit suite à la révolution mexicaine. La paroisse est ensuite demeurée sans prêtre jusqu'en 1958, date d'arrivée d'une mission jésuite qui y demeure encore actuellement et qui joue un rôle actif dans l'organisation de la vie religieuse locale. C'est à la période qui sépare ces deux événements que nous avons décidé de nous intéresser. Pour cela, nous avons comparé des documents historiques (archives du dossier administratif de reconstruction de l'église (1925-1936, 1970) et ouvrages historiques sur la région au début du XXe siècle) avec les récits oraux de deux Principales de chaque quartier concernant la reconstruction de l'église et la période précédant l'arrivée de la Mission, ainsi que des ouvrages ethnographiques sur le sujet. La confrontation de ces deux types de données nous a permis de mettre en relief un certain nombre de redondances et d'ambiguïtés qui nous renseignent sur le processus de construction identitaire qui s'est opéré pendant cette période charnière.

Nous avons orienté notre réflexion autour de plusieurs axes :

- la permanence de l'église, ses différentes apparences, ses noms ;

- les fonctions identitaires et religieuses de ce bâtiment ou les stratégies vernaculaires de la piété ;

- l'arrivée de la Mission et la mémoire collective revisitée (relecture des mythes, introduction de nouveaux saints).

L'église, véritable pôle géographique et symbolique, offre prise à la compréhension des différentes stratégies et recompositions dont a fait l'objet la communauté de Bachajon.