PARALLELISME

Parallélisme et sacralité

Dans la tradition des études mayas, le « langage sacré » est associé aux relations avec l'au-delà, l'invisible, le surnaturel, dans un environnement de pratiques et de croyances qualifié de religieux ; il est défini pratiquement toujours sous deux angles : sa forme et les références de son contenu (cf. Gossen 1985 : 80, in Supplement to the HMAI, Bricker, éd.).

● un exemple de forme [tzeltal, dialogue rituel, passation de charge]

interlocuteur A
te chaneb snich'anab
te chaneb yuntikil
te hich yak spasbel
ta skwenta tate nich'najel
ma ME la s-p'osin yal k-ok
ma ME la s-p'osin jun yal j-k'ab
ta xchah....
sus cuatro hijos
sus cuatro descendientes
quienes hacen la celebración
para nuestro padre progenitor
que no HAGAN TROPEZADO mis pies
que no HAGAN TROPEZADO mis manos
en la prepa...
interloc. B melel xawal tate nich'najel
te ma la WAN p'osin jun yal aw-ok
ma la WAN p'osin jun yal a-k'ab
melel jamal me a-ti'
jamal me jun yal aw-o'tan
ta muk'ul maytines ch'ul ahk'abal
tu dices la verdad señor progenitor
que no TROPEZARAN tus pies
no TROPEZARAN tus manos
verdaderamente abierta tu boca
abierto tu querido corazón
en las grandes maitines de la santa noche
interloc. A ... pan-el li' smahtan
ta xchahpan-el li' jun obligasyon
... ración aquí de su regalo
en la preparación aquí de una obligación

● exemples d'éléments du contenu retenus comme signes de sacralité ou de rituel

personnages invoqués [tzeltal, dialogue rituel, passation de charge]

divinidades cristianas (3occ.)
santas (4)
santos (8)
señores (7)
señores san (12)
padre (1)
progenitores (x)
...

performatifs et actions commentées [idem]

ya me j-pak'an j-ba s-tukel
je me prosterne

ya me j-k'ejan j-ba s-tukel
je m'agenouille

te me ya j-k'an oxeb grasya-a s-tukel
je demande encore six grâces

te me ya j-k'an oxeb bentisyon-a s-tukel
je demande encore six bénédictions

y-u'un manch'uk y-ahl j-p'osin y-ahl k-ok-a
afin que mes pieds ne trébuchent pas

y-u'un manch'uk y-ahl j-p'osin y-ahl j-k'ab-a
afin que mes mains ne trébuchent pas

invocations [prière tzotzil (Haviland)]

1 chjelav ti jpat une //
chjelav li yo jxokon une
my back will pass // my humble side will pass
2 ak'u sk'upin un //
ak'u slekin un
let her desire // let her enjoy
3 jujun lach'ul nichim bae //
jujun lach'ul nichim sate
each flowery face of yours // each flowery visage of yours
[...]
6 yu`un xa ja` chajtatik ta jk'op //
yu`n xa ja` chajtatik ta yo jti`
We greet you with my words // we greet you with my mouth
7 kejelon o tal //
patalon o tal
I have come kneeling // I have come prostrate
8 ta jk'an li pertonale //
ta jk'an lesensya
I ask for pardon // I ask for forgiveness
9 te chkom yo jkot ti sjelole //
ti slok'ol
there will remain one lowly substitute // one replacement
10 ti jchamele //
ti jlajele
for the sick one // for the ill one
11 ti stoje //
ti skantelae:
her pine // her candle

Ces caractéristiques très visibles ne suffisent qu'à en donner une idée superficielle et de nombreux autres paramètres doivent être examinés si l'on veut rendre compte de ses manifestations et fonctions. En effet, la forme déborde largement les situations considérées comme « rituelles », « sacrées » ou « religieuses » dans la littérature ethnographique ; quant aux contenus associés, les figures du parallélisme en modèlent un grand nombre qui ne semblent pas se référer explicitement à des divinités, entités surnaturelles ou autorités de quelque ordre que ce soit.

● Exemple : Haviland (1992 : 436) explique que les constructions parallèles s'utilisent dans des contextes où le locuteur désire assumer une certaine autorité, donner au contenu de ce qu'il dit une valeur de vérité (dénonciations), se servir de la formalisation comme support de l'affectivité et, en particulier, de l'émotion.

pero muk' bu licham yu'un ‘un, ora lavi une tzamala tzamala chicham // tzamala chilaj
Pero yo nunca me mori, y ahora sigue esperando a que me muera // que me acabe
[cortó velas, vendió almas al dueño de la Tierra con su curandero brujo ha hecho todo]

ak'o chamikon la // lajikon la
para que me muera // para que me acabe

ou encore, dans sa plaidoirie contre son mari, une femme dit :

Ay pues, no señor, no te voy a decir mentiras, así es que con esta mujer, has conseguido
jalom ata // j'abtel ata
a una tejedora // una trabajadora

● Autre exemple, le parallélisme dans un conte yucatèque à propos, non de dieux, mais de crapauds (certes, ressuscités)

(...)

làah min-a'an yóolo'
Min-a'an u-gàanas
Mix k'àay-n-ah-o' beyo'
(...) mix mùusiko-n-ah-ob-e'

tous, ils n'en avaient pas l'énergie
ils n'en avaient pas l'envie
ils n'ont pas même chanté
ils n'ont pas même joué de la musique
(txt. 2 fin)

● Autre exemple encore, le parallélisme utilisé dans un discours politique, une « Adresse aux étrangers » :

wa yan (...) u-bin tóon o'tsi(l)
hyp exist 3A-AUTRE 3A ... 3A-ALLER 1pl.prI PAUVRE
si (...) ce sera triste pour nous

wa yan u-bin tóon k'àas-i.
hyp exist 3A-ALLER 1pl.prI MAUVAIS-td
si ce sera mauvais pour nous.

(l. 11.12)

pero ma' k-'ohèel-e' wa hach hàah,
MAIS neg 1plA-SAVOIR-td hyp TRES VRAI
mais nous ne savons pas si cela est vraiment vrai

pero tu'ux kun-'oy-bi wa hàa-e'
MAIS ou pros.3A-SAVOIR-pas hyp VRAI-td
mais la façon dont il sera su que cela est vrai,

yan-u-ràadyar-t-ah,
oblig-3A-ANNONCER (MEDIA)-dv.tr-ac.tr
ce sera annoncé par la radio,

yan-u-hóok'-o(l) tak t u-peryòodiko-i'.
oblig-3A-SORTIR-inac.intr JUSQUE prep 3A-JOURNAL-td.loc
cela devra même sortir dans les journaux.

(l. 23-26)

tulàaka le' máax mem-bi k'àas
TOUT det pr.rel FAIRE-pas MAL
tous ceux qui ont fait du mal,

máax kin-s-m-a(h) winik
pr.rel MOURIR-caus-pft-ac HOMME
ceux qui ont tué des hommes

máax p'ùul-yah-m-ah wíink-e',
pr.rel JETER-DOULEUR-pft-ac 3A-HOMME-td
ceux qui ont jeté des mauvais sorts aux hommes

(l. 33-35)

Le' tun le' Chilen-ka' kun-ho'ol-o'
Alors ce seront donc les Chilen~kab qui sortiront

Le' chen hóok'-ok tun le' Chilen-kàab-o'
Et lorsque les Chilen~kab sortiront,
(changement d'ordre des constituants avec inversion des éléments thématiques/ rhématiques dans l'énoncé (l. 43-44)

peròo chen ba'al-e' mina'an k'eban
mais il n'y a(ura) pas de péchés

min-a'an meyàah
il n'y a(ura) pas de travail

min-a'an tulàaka!
il n'y a(ura) rien!

(l. 47-49)

Il manque à expliquer pourquoi, quand et de quelle manière surgissent, dans un usage qui peut paraître quotidien, comme une conversation ou un conte, ou bien dans d'autres circonstances comme une plaidoirie, un discours politique, un récit de fondation, des caractéristiques du langage formalisé (qui peuvent être le parallélisme mais également d'autres paramètres).

Pour cela, il faut inclure dans l'analyse les situations d'interaction dans toute leur complexité (locuteur-acteur et interlocuteurs, statuts et histoires personnelles des participants, attributs du lieu d'énonciation, pragmatique de l'échange —exhortation, persuasion, mandements, etc.—), ainsi que les conceptions relatives à la personne, et celles qui concernent la parole et son efficacité. En outre , on doit s'interroger sur les genres et leur perméabilité, les situations ou scénarios où des formes caractéristiques d'un langage ressenti comme sacré font irruption, la diaphonie ou polyphonie des locuteurs, l'hétérogénéité des interlocuteurs présents ou absents et visibles ou invisibles, et les types d'interaction en jeu. L'observation à ses débuts avec ces problèmes en arrière-plan nous ont convaincu de la nécessité de redéfinir le champ du sacré et des entités auxquelles il se rapporte, en même temps que nous élargissions la définition du parallélisme au-delà de son avatar canonique : la paire sémantique.

Ceci nous amène à étendre l'interaction avec les forces invisibles à une grande partie de la vie quotidienne. En même temps, cette hypothèse exige de mettre en relation et d'articuler précisément la nouvelle définition des situations d'interaction et les caractéristiques de ces formes de langage qu'il s'agisse de prosodie, de syntaxe —entre autres points à examiner : ordre des constituants, translation de l'énonciation, manipulation des voix, modes d'ancrage spatio-temporels, etc. Si, comme les travaux récents le laissent penser, le procédé de mise en parallèle est à la fois continu dans le temps (on en trouve des exemples glyphiques dès le classique) et dans l'espace (dans toutes les cultures et les langues mayas), alors on doit tenter d'en décrire le fonctionnement dans ses diverses expressions parlées (ethnolinguistique) écrites (épigraphie), représentées (iconologie).

Quelques exemples de « parallélisme »

Constitué d'éléments identiques ou homologues [ceci est le point le plus difficile à établir] et d'éléments différents, en règle générale, contrastifs, les auteurs qualifient le parallélisme comme grammatical, lexical, sémantique, selon l'élément choisi (soit l'élément commun soit 'élément variant). Le jeu des variations peut porter sur des éléments lexicaux, morphosyntaxiques (ordre des mots, focalisation, modes, subordination etc.) ou prosodiques1.

Mais avant d'en donner des exemples, on peut, pour dissiper les incertitudes terminologiques, présenter quelques définitions d'auteurs qui en ont fait mention, avant de proposer les nôtres.

● Exemples (parmi de nombreuses acceptions) de terminologies pour les « couplets » :

- Gary Gossen :

Pour lui, dualisme sémantique est une « non parallel repetition » et équivaut à ce qu'Edmonson appelait « semantic couplet » ; il s'agit de la répétition des idées, du sens, sans répétition exacte de la syntaxe.

La syntaxe parallèle « parallel syntax » ou encore « parallel repetition » est, pour lui, la répétition exacte de la syntaxe dans laquelle la paire est enclose.

- Victoria Bricker :

Dans son très bref schéma, Bricker assigne au parallélisme un principe entièrement sémantique : « any two sequential lines should repeat the same idea with synonyms or antonyms. The more tighly they do so, the more formal the style. Sometimes, the parallelism is syntactical, and occasionally therefore, the same suffixes can terminate the lines, resulting in actual sound correspondance or identity, but this does not appear to be required or even necessarily desirable » (Supplement to the HMAI : 59).

● Exemples de couplets pris dans l'oralité

Variation portant sur un morphème grammatical (tzeltal)

Passif // passif-causatif

makbil
enserré
k'eh-tesbil
(ayant été) fait garder
131-2

Variation portant sur les catégories (tzeltal)
Composé // dé-composé
mel.o'tan
triste
jalal o'tan
cœur sacré
81-2

Variation sur les rimes
Prosodie, rimes
ki mayi-j k-e-chajaj-ik
ki mayi-j k-e-wajaj-ik
la kab-lajuj u-q'an-al kot
........................... u-q'an-al balam
ki mayi-j ki-tzu'-n-ik
ki mayi-j ki-wach-i-n-ik
ki mayi-j k-e-chajaj-ik
....................k-e-chij-ij-ik r-uk' k-e'
........................................r-uk' k-ixkaq
Ils faisaient des bruits magnifiques,
ils émettaient des sons admirables
les douze Aigles Jaunes
les Jaguars Jaunes
leur vue est réellement admirable,
leur apparence magnifique,
ils font un vacarme grandiose
et s'acharnent redoutablement avec leurs dents
avec leurs griffes !
(Rabinal Achi v. 436-439 et 2478-2482)

Variation faisant référence aux interlocuteurs du dialogue :
......ri ix tapich'olo[l]
.. ...........tz'ikin
......in r-oyew-el-al
......in r-achi-j-il-al ri ajaw ri yaki kunen
..................................... .........ri yaki chajul
......la ajaw balam achi
............. .... .balam k'iche'
Vous [n']êtes [que] des rossignols
.............................................des oiseaux !
Moi, je suis la colère,
moi, je suis la force du souverain des Yaki Kunen
.........................................................des Yaki Chajul,
du roi Balam Achi
...........Balam K'iche',
......(Rabinal Achi, 190-196)

● Exemple de couplets dans les textes coloniaux
Nous venons d'illustrer le parallélisme dans le texte quiché du Rabinal Achi, mais dans la plupart des textes coloniaux —sermons, entrées de lexiques ou de vocabulaires— on trouve également présent le parallélisme sous toutes ses formes.

chac u petan kin
chac u petan u
ca sihi
rojo/radiante (estaba) el circulo del sol
rojo/radiante el circulo de la luna
cuando nació
(Ritual de los Bacabes, V-27 : 55-57)

in chacal batil
in sacal batil
mi granizo rojo
mi granizo blanco
(Ritual de los Bacabes, I-2 : 70-71)

chacal Tancasche
sacal Tancasche
ekel Tancasche
kanal Tancasche
el Tancasche (arbol que cura el Tancas) rojo
el Tancasche blanco
el Tancasche negro
el Tancasche amarillo
(Ritual de los Bacabes, II-6 : 48-51)

Ca hop i u tepall ob i:
Ca hop' i ti (pa) y ahaulil ob i:
Ca hop' i u tanlabalob:
Ca hop' i u kuchul u pulul te ob:
Ca hop' i u pulic ob ych ch'een
Then began their rule
There began what were their lordships
Then began their divisions
Then began the coming of their throwing sacrifice
Then began their throwing people in the well
(Chilam Balam de Chumayel [Edmonson], v. 1172-1176)

Talel u cah ca yum Ytza
Talel u cah ca çucun
Ah mexoob
Ah likin cabob
Al pul tu chicul ku e
Coming are our fathers, the Itza
Coming are our older brothers
The bearded people
The people of the eastern land
The diviners with the sign of God

(Chilam Balam de Chumayel [Edmonson], v. 525-526, 531-533)

Lay tz'ibtab i:
Uooh t u tan u kab
Ca tz'ibtab i
Uoo. yalan u cal
Ca tz'ibtab i:
Tu tan y ocon
Ca tz''ibtab i:
Ychil u p'uc kab ti ah uooh pucil
There it was written
As a glyph on the palm of his hand
Then there was written
A glyph where his neck was
Then one was written
The sole of his foot
Then one was written
On the ball of the thumb of Uoh Puc
(Chilam Balam de Chumayel [Edmonson], v. 729-736)

Ciy y alabal canal lae
Cij y alabal ob:
Ca chiibi:
U cuch kin e:
Ca oklemhij
U u ich kin e:
Ca tupi
U u ich:
Ca hok i:
Yolob canal
Ti el i:
C u than y ah kin ti ob:
Ti tz‚oci u than:
Ca ahaulil i:
C u tan y ah kin ti ob:
Just the judgment of heaven it was
just their judgment
Then was set down
The burden of the sun
Then was perhaps (??) the departure
Of the face of the sun
Then was quenched
Its high face.
Then were strangled (?)
The orbs of heaven,
Which burned [there it burned]
The sun priest told them
That has ended the word [there ended its word/talk]
Of our lordship »
The sun priest told them.
(Chilam Balam de Chumayel [Edmonson], v. 1255-1269)

Togh nichimal cop,
utzil cop,
tecpanil cop...
la parole fleurie
la bonne parole
la magnifique parole...
(Sermon de la fête de saint Jean Baptiste (Las lenguas del Chiapas colonial, 1989 : 351)
Dans le sermon de sainte Rose (ibid.)

jun y-al s-bak',
la graine
......y-al ts'un-bal,
......la semence
......y-al aw-al-il mostaza
......le grain de moutarde
..............aw(a)-bil ta y-ut-il lum, y-u'un-te ts'un-baj-el-e
..............semé dans la terre, pour le potager
..............aw(a)-bil-ix-ay
..............semé
..............ts'un-bil-ix-ay
..............déjà planté
toj lik-el x-lok' ta lum
il est en train de sortir de terre bien rapidement
toj lik-el x-chi s-tukel ;
et vite il germe ;
..............muk'-ix-ay,
..............il est déjà grand
..............niwak-ix-ay,
..............il est déjà haut
toj s-jel-aw,
et son changement
toj x-kax-un-tay
passe
..............s-muk'-ul s-pisil te te'-el-e-ay2 te ta ts'un-bil-e
..............en grandeur3 toutes les plantes qui sont dans ce champ
..............// toj hich-nix te ch'ul ants-e ja' te j-me'-tik santa Rosa kajon y-ai'y-el
..............et ainsi cette sainte femme, notre vénérée mère sainte Rose est semblable
jun y-al s-bak',
à une graine
......y-al ts'un-bal,
......une semence
......y-al aw-al-il mostaza
......un grain de moutarde
..............aw-(a)-bil,
..............semé
..............ts'un-bil y-u'un Dios ta bah-k'in-al namey
..............planté par Dieu sur terre autrefois

toj bik'it,
et petit,
toj y-al s-tukel,
et dans son début même,
........aw-(a)-bil-ix-ay
........déjà semé
........ts'un-bil-ix-ay y-u'un te Dios ta bah-k'in-al namey
........déjà planté par Dieu sur terre autrefois
toj lik-el laj-chi
et soudain elle a germé
................laj-lup
................elle a proliféré
................laj-chi-ix-ay, toj toj 4
................et poussé déjà des rejetons
(s)-jel-aw
et son changement
x-kax-un-tay
passe
................s-muk'-ul
................en grandeur
................s-lek-il
................en bonté
................s-tsaj-om-il
................en beauté
j-me'tik santa Rosa te s-pisil santo-etik ay ta ch'ul-chan-e.
(le changement de) notre vénérée mère sainte Rose (dépasse celui de) tous les saints qui sont au ciel.

● Exemple de parallélisme en épigraphie :

Nombreux sont maintenant les épigraphistes qui recherchent et décrivent un type de parallèle qui existe aussi dans la langue parlée depuis toujours et qui a été repéré dans toute l'aire mésoaméricaine : le difracisme. Il y a, dans la langue parlée un continu évident entre les termes associés d'un parallélisme, l'amenuisement du contexte, la réduction du couplet aux deux seuls termes en contraste et enfin au figement qui peut amener à la composition. Juste avant la composition -dont un des traits, souvent relevé par les linguistes est le fait que le sens individué des composants n'est plus reconnaissable - se trouve le difracisme. Le difracisme est le résultat de l'attribution d'un troisième sens à l'ensemble formé par les deux termes du couplet (rope and cord = war ; throne and mat = power ; etc.). À la différence de la composition, le difracisme laisse reconnaître séparément les deux termes qui s'associent pour faire un sens.

Lacadena donne des exemples du difracisme, ce procédé « possédant un troisième sens 'métaphorique' distinct des sens des deux termes », selon sa formulation ; dans l'exemple suivant, le sens de K'IN + HAB' serait « temps ».

XIV-TUN-ni
Ta XIII-AJAW-wa
Che-ta-K'IN-ni
Che-ta HAB'
14 tun
ta 13 ajaw
che ta k'in
che ta haab'
(en el) 14 tun
en el 13 ajaw
así en el día
así en el año

Dans ce même article où il entend démontrer le caractère « littéraire » de certaines formulations dans l'écriture hiéroglyphique maya il donne, en exemple de ce qu'il appelle, usant d'une autre terminologie, des « figures morphologiques », la stèle 22 de Los Naranjos avec la séquence de trois victoires militaires décrites par deux syntagmes parallèles comme :

Ju-b'u-yi
PUL-yi

Dans le codex de Dresde, il reprend les passages associés aux tables de Vénus, qu'il nomme « anaphores » d'après une définition littéraire (qui, au reste, ne paraît pas absolument adaptée5) :

u-mu-ka K'UH
u-mu-ka AJAW-wa
u-mu-ka NAL
umuy'uk k'uh
umuy'uk ajaw
umuy'uk naal
es el anuncio de K'uh
es el anuncio del rey
es el anuncio de Naal

Il cite aussi ce qu'il appelle des « figures syntaxiques » ou « parallélisme » : « figures constituées par deux phrases, ayant une composition simple, avec le même début —soit un verbe, soit un adverbe, un substantif, un adjectif— suivi d'un segment variable normalement lié morphologiquement ou sémantiquement avec le segment correspondant de la phrase antérieure ». Suivant en cette démarche Bricker, Zender et d'autres collègues, il relève un exemple tiré de la stèle 4 de Ixtutz :

y-il-[la] K'UH-MUT-
AJAW
yila k'uh[ul] Mut[u'l]
ajaw
la vió el rey sagrado
de Mutu'l
y-il-[la] VIII-WINIK-ki-
AJAW-[TAK]
yila waxak winik
ajaw taa
la vieron veintiocho reyes

David Stuart parle de 'paired sets' ou de 'paired signs', « each representing some binary relationship or opposition », désignant par là des formes « unusual and imaginative ». Son exemple, le logogramme TZ'AK, qui signifie « complétude », « totalité », offre une liste impressionnante de « remplaçants » en paires : vert/mûr, jour/nuit, nuage/pluie, nourriture/eau, etc., qui sont à lire, non pas comme des termes séparés, mais comme une unité. Il précise, en examinant leur sens, que les relations ne sont pas uniquement d'opposition mais également de complémentarité, par exemple dans le cas de « nuage »/pluie », « part-and-parcel of the one another ». Il remarque aussi que certains éléments connaissent plusieurs appariements. Ces mêmes couples sont appelés par Schele « paired opposition », tandis que Riese (1984 : 283) leur attribue des « complementary or contrasting meanings ».

Notre proposition devra donc tenir compte : 1/ de ces « présentations » diverses ; 2/ de la nécessité de définir par l'étiquette un outil que chaque discipline puisse utiliser de façon heuristique et rigoureuse sans être trop contraignante.

Note :
1 The pattern relies on alternation of some element of the discursive unit between repeted instances of the discursive unit. La définition donnée à l'occasion d'une description du parallélisme en Amérique du sud (Annual Review of Anthropology, 2002, 31 : 135) est la suivante : « syntactic frame repetition with semantic field alternation ». Ici comme là aussi, bien qu'il soit fréquent que le parallélisme opère entre unités successives, il peut aussi opérer entre des unités discursives séparées les unes des autres. « This form of parallelism sometimes serves to mark large-scale units in a strech of discourse, like a stanza or an episode » (ibid.). L'élément en variation peut être un morphème non référentiel; il peut être supprimé; il peut être simplement prosodique.
2 Nouvelle inversion du déictique, voir note antérieure.
3 Nous traduisons les racines nominales suivies de -Vl comme des compléments de manière introduits par « en » lorsqu'elles suivent immédiatement le groupe verbal « x-kax-un-tay » afin de rendre l'ensemble de la phrase compréhensible en français.
4 Doublon marquant le pluriel, la prolifération d'une chose.
5 « Cuando la repetición de la palabra ocurre al comienzo de las secuencias segun un esquema [X…,X…,X…], se denomina anáfora » (Mayoral 1994 : 113).