TRANSITIONS HISTORIQUES : rythmes, crises, héritages

10-11-12 juin 2015

12e colloque annuel de la MAE
Organisé par Pierre Allard (Préhistoire et Technologie), Monica Heintz (LESC) et Christel Müller (ArScAn)

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La dissection des « régimes d’historicité » par François Hartog en 2003 (Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, Paris, Le Seuil, 2003) a amené cet historien à considérer que le régime actuel relevait de ce qu’il appelle le « présentisme », c’est-à-dire un régime où « le présent est omniprésent (…) [et] tend à devenir à lui-même son propre et son seul horizon ». Un tel constat pourrait paraître condamner d’emblée la notion même de « transition historique », si attachée à première vue à une réflexion sur l’ordonnancement du temps social comme du temps psychologique, à la construction d’une successivité entre l’avant, le pendant et l’après. Pourtant, au jour le jour, historiens, archéologues et anthropologues, chacun selon des modalités qui leur sont propres, continuent de pratiquer « l’art de la transition ».

L’objectivation du temps par les historiens et les archéologues aboutit à des périodisations comportant des ruptures et des moments de continuité, ce qui conduit à l’émergence de moments de transition dont la durée paraît varier selon le plus ou moins grand recul par rapport au point du passé considéré. L’une des questions qui se pose à cet égard est celle de la manière dont on identifie, dans le domaine archéologique par ex., ces transitions. Plutôt que de considérer la transition comme un simple sas entre deux périodes, n’est-il pas plus intéressant de la penser autrement et de prendre en compte, pour la définir, les interférences entre passé, présent et futur et les paramètres du changement au lieu de suivre le simple ordonnancement temporel ? De même, si la transition cesse d’être un tunnel chronologique, peut-elle acquérir une identité particulière en tant que période ? Ces périodes que l’on appelle des transitions de manière intuitive ne présentent-elles pas des similitudes ? La question serait ici de savoir s’il n’y a pas là une nouvelle manière de penser la transition en régime présentiste, qui ne relèverait plus d’un mode ancien d’écriture du passé.

Mais le temps tel qu’analysé par les anthropologues et les historiens est aussi un temps subjectif, où le ressenti des acteurs importe autant que les frises chronologiques au sein desquelles la mise à distance prétend les enfermer. La question se pose alors de savoir si les acteurs d’une transition « objectivée » la perçoivent ou l’ont perçue comme telle dans leurs activités quotidiennes, générant ainsi des conduites motivées par l’instabilité de leur vécu. Cette perception s’articule autour de trois notions-clés : d’abord celle d’héritage, souvent manipulée par les acteurs eux-mêmes pour exprimer soit un sentiment négatif de rejet d’un passé jugé envahissant, soit le sentiment positif de son indispensable patrimonialisation ; ensuite, celle de crise, qui vient parfois se substituer à celle de transition pour exprimer les doutes qu’éprouvent les acteurs vis-à-vis de leur avenir (et se pose ici de nouveau la question de savoir comment évaluer la durée d’une « crise ») ; enfin, celle de génération, paramètre aussi important pour les comportements en situation de transition que le sexe ou la situation sociale : en effet, lorsque le rythme des changements s’accélère, la transition est vécue de manière très différente selon l’âge auquel on est « entré en transition ».

Contacts
Pierre Allard
Monica Heintz
Christel Müller

Lieu
Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Salle des Conférences, bât. B


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