Violaine HÉRITIER-SALAMA, Chloé CAPEL et al. – Comment disparaît une ville sous les champs… La transformation de la ville d’Aghmat (Maroc) en bourg rural entre les XIVe siècle et XVIe siècle, une simple transition politique et économique ?

Comment disparaît une ville sous les champs… La transformation de la ville d’Aghmat (Maroc) en bourg rural entre les XIVe siècle et XVIe siècle, une simple transition politique et économique ? 

Violaine HÉRITIER-SALAMA
Doctorante à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense –  UMR 7186 (LESC)

Chloé CAPEL
Doctorante à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – UMR 7041 (ArScAn – équipe Ethnologie préhistorique)

Ronald MESSIER
Professeur émérite de la Middle Tennessee State University (USA)

Abdallah FILI
Professeur à l’université Chouaib Doukkali d’al-Jedida (Maroc) – Chercheur associé à l’UMR 5648 (CIHAM)

 

TRANSITIONS HISTORIQUES : rythmes, crises, héritages.
12e colloque annuel de la MAE

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Qu’advient-­‐il  d’une  ville  désertée  lorsque  ses  ruines  marquent  le  paysage  durant  plusieurs  siècles ? Quelle place occupent ses grands édifices délabrés dans la vie d’habitants ruraux, quand le souvenir de ce qu’ils étaient s’estompe ? Aghmat fut, du Xème au XIVème siècle, une ville fleurissante. Mais dans le Maroc en crise du XIVème siècle, la carte politique et économique se modifie. A la suite de son élite, beaucoup quittent la ville ; d’autres se tournent vers l’agriculture. Au XVIème siècle, des sources évoquent une loge de Soufis  agriculteurs  et  potiers  ayant  la  mainmise  sur  la  localité,  dont  le  centre  s’est  disloqué  en  plusieurs hameaux. Entre ces deux époques, une période floue pose la question de la transition politique, économique et culturelle entre deux systèmes sociaux. Des fouilles extensives ont révélé le visage du centre politico-­‐religieux de la ville à la veille de son  abandon,  mais  permettent  également  de  documenter  toutes  les  réoccupations  résiduelles  marquant sa dégradation. Pendant 150 ans, l’ex-­‐centre monumental n’est en effet ni patrimonialisé, ni  totalement  délaissé, mais  glisse  progressivement  vers  une  situation  spatiale  et  économique  périphérique. L’importance de l’agriculture et de l’artisanat dans la théologie soufie a certainement favorisé  cette  inversion  des  valeurs,  mais  n’en  est  pas  à  l’origine  (comme  le  prouve  la  découverte  d’un hammam reconverti, seulement tardivement, en atelier de potiers). La Grande Mosquée est fréquentée  plus  longtemps  que  les  édifices  profanes,  mais  elle  n’est  pas  pour  autant  réhabilitée.  Cette longue période de fréquentations mineures, préfigurant un abandon total, peut-­‐elle être appréhendée comme une transition? Ne serait-­‐on pas plutôt en présence de deux dynamiques qui se croisent, laissant place à un entre-­‐deux temporel et spatial n’appartenant ni à l’une, ni à l’autre ? En se focalisant sur la période d’abandon de la ville plutôt que son apogée, à contre-­‐sens des études consacrées  aux  villes  médiévales  islamiques,  nous  proposerons  une  réflexion  sur  l’articulation  des  notions de crise, de rythme et d’héritage. Leur modulation peut permettre de penser autrement la transition, en remettant en cause la linéarité historique qu’elle suppose.

Mots-clés : archéologie urbaine ; abandon ; ruralisation ; réoccupations ; transformation spatiale ; transition socio-­‐économique.